‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 3 sur 204 · DES PONTS ET CHAUSSEES. 'J · texte numérisé non relu

DES PONTS ET CHAUSSEES. 'J

son existence n'avait été plus complète, ni mieux remplie; elle continuait là les études dont je lui avais tracé le plan, et celte âme de vierge me semblait redoubler d'activité et de puissance dans la solitude, comme ces fleurs qui n'ont tout leur parfum qu'au fond d'un désert.

« La quinzaine écoulée, il fallait revenir; elle me donna rendez-vous à Saint-Germain dans une auberge où elle devait descendre, je lui répondis qu'il y aurait trop d'imprudence, et au lieu de ma personne ce fut ma lettre qu'elle trouva dans ce lieu qu'elle avait choisi pour nous retrouver. Je l'adorais pourtant, et plus qu'on a peut-être rien aimé ou adoré sur la terre, mais l'idée de son extrême jeunesse venait sans cesse redoubler mes scrupules. Je n'étais pas insensible à l'accusation d'abuser de l'ascendant que mon âge autant que mon amour pouvait me donner sur elle et je savais que sa belle-mère me représentait déjà comme sacrifiant à ma vanité son avenir. Cette absence, loin de calmer les ombrages de son mari, sembla les augmenter; il la suivait partout dans le monde, me saluait à peine quand il m'y rencontrait. A un bal chez M*"® Turolles où je m'étais approché plusieurs fois d'elle je le vis lui parler avec fureur et la forcer à se retirer, en lui marchant sur les talons avec une brutalité sans exemple. De nouvelles précautions devenaient nécessaires; nous imaginâmes, pour dérouter l'observation, de ne pas nous voir toujours au même endroit. J'allai moi-môme louer un appartement rue du Ilelder et, sans mettre qui que ce fût dans notre confiance, elle y vint seule, à pied, deux ou trois fois, mais quand nous nous quittions, moi je retournais plein de passion, brûlant d'amour, h de graves et fastidieuses affaires qui, loin de m'en

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