‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 20 sur 204 · LALLY RAPPORTEUR · texte numérisé non relu

LALLY RAPPORTEUR

et motiver la mise en accusation des ministres, était faite au profit de tous les ennemis des ministres; de pareils abus ne pouvaient résister à la publicité, déjà ils avaient excité de vives censures à la chambre des députés. On bavarda beaucoup dans notre première conférence, sans qu'il fût possible de s'entendre. L'article de la dotation réjouissait fort les sénateurs qui espéraient retrouver le tiers de leurs pensions, dont ils avaient été privés arbitrairement.

« On décida que trois pairs, choisis à la majorité, présenteraient à notre seconde réunion un travail pré^ paratoire. Le choix tomba sur Lally, Choiseul et moi. Il eût été criminel de ravir à Lally une si belle occasion de déployer toute son érudition anglaise. Le duc de Choiseul et moi le priâmes de se charger du rapport et deux jours ne s'étaient pas écoulés, qu'il nous écrivit de venir en entendre la lecture. J'arrivai le premier; à peine étais-je assis, que j'entendis frapper deux petits coups à la porte, puis une voix de femme demander timidement la permission d'entrer. « Entrez, ma princesse, s'écria Lally, avec cette constante effusion qui accompagnait toutes ses paroles, entrez, M, Mole le trouvera bon, vous n'êtes jamais de trop. » C'était M""® . . . ' qui demeurait avec Lally depuis bien des années, qui avait quitté la France avec lui en 1790 et depuis ne s'en était jamais séparée volontairement un seul jour. Elle se plaça près de moi et aussitôt Lally d'un air d'intelligence me dit : « Tenez, mon cher comte, commençons toujours. Madame meurt d'envie de savoir ce que vous penserez de mon rapport. » Celle-ci, loin de s'en défendre, rougit de plaisir, ajouta quelques paroles obligeantes pour moi et Lally

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