M. MOLE INTERVIENT
en sa faveur auprès du minisière français: je n'eus pas de peine à obtenir de M. de Richelieu qu'il resterait dans les Pays-Bas; en outre le baron de Fagel, ministre des Pays-Bas, me promit d'écrire à l'instant à sa cour pour que, sous aucun prétexte, Gambacérès ne lut inquiété*.
i. Cambacérés écrivait à M. Mole, qui lui demandait un renseignement sur un point d'histoire, vraisemblablement l'exécution du duc d'Enghien, les lettres suivantes (Archives de Champlâtreux):
Bruxelles, le 4 juillet 1817.
Monsieur le Comte,
La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire m'a été remise à Bruxelles, où je suis de retour depuis avant-hier.
Vous avez vu l'empressement que j'ai mis à vous transmettre les éclaircissements que vous m'avez demandés, et vous avez la bonté d'en être touché. Aujourd'hui je me permets de vous dire qu'il n'est pas aussi facile de vous satisfaire sur le point d'histoire que vous indiquez. Il paraît même que vous avez pressenti les inconvénients qui pourraient en résuller. En effet. Monsieur le Comte, je ne pourrais parler du déplorable événement dont il est question sans dire du mal d'autrui. Ce serait une faute que je ne dois pas commettre, ni une imprudence que ma position me commande d'éviter.
.Mon départ d'Am terdam a été avancé de quelques semaines, il a été déterminé par l'impression que m'ont faites les chaleurs insupportables qui ont régné en Hollande pendant dix-sept jours et aussi par des contrariétés inattendues. H faut compter au nombre de celles-' ci les mesures diplomatiques prises pour éloigner les Français du Royaume des Pays-Bas. 11 parait qu'on se réduit pour le moment à ceux qui sont compris dans la liste des 38. Mais tout ce que jai recueilli sur l'événement dont il est question, sur ses antécédents, etc.. me fait craindre que l'orage ne soit point entièrement conjuré et qu'on n'insiste de nouveau pour une expulsion entière Vous sentez, Monsieur le Comte, qu'à mon âge il devient pénible de chercher un nouvel asile et d'être encore une fois la victime des circonstances. Je me résigne aux volontés de la Providence, mais en attendant le résultHl, je demeure dans une sorte d'incertitude qui me fait bien sentir le^ amertumes de la vie. J'étais fort bien soit en Belgique, soit en Hollande, sous un gouvernement sage et qui n'a point adopte les préventions qu'on a voulu donner contre moi. Je ne demandai.'' qu'à finir mes jours paisiblemeht et dans ces contrés, et voilà qu'il faudra probablement passer les mers dans une époque où l'on n'est plus propre aux grands voyages. Ce sera du moins une consolation pour moi que d'être sans reproche depuis ma sortie de France et d'espérer que le petit nombre d'amis qui me restent me conserveront un peu d'intéréi; vous éte> du
EN FAVEUR DE CAMBACERES ET DE FONTANES. o9
« Pour Fontanes, ce qu'il voulait n'était ni aussi juste, ni aussi facile. J'ai dit, en le déplorant plusieurs
nombre, Monsieur le Comte, et j'aime à penser que vous rendrei justice à mes sentiments et que dans la suite des temps je trouverai dans vos écrits une place honorable à laide de laquelle la postérité sera détrompée sur le compte d'un homme qui, ayant été investi d'un grand pouvoir n'en a jamais abusé et fait plus de bien qu'on ne pense.
Je termine, en vous priant, Monsieur le Comte, d'agréer le nouvel hommage de mon inviolable attachement et de ma haute considération. Camuacérès.
Braxelles, le 15 juillet 1R17.
Monsieur le Comte,
Je sens tout le prix du nouveau témoignage d'intérêt que vous venez de me donner et que je n'aurais osé solliciter de votre bonté. Les résultats des démarches que vous avez faites en ma faveur me rassurent et me confirment les espérances qui m'ont été données dans ce pays. Il me serait pénible de le quitter et d'aller chercher une autre retraite. A mon âge, il faut de la tranquillité et je n'ai plus assez de force pour entreprendre un long voyage. Je profiterai, Monsieur le Comte, de vos offres obligeantes et si l'occasion s'en présente je recourrai de nouveau à vos bons offices. On a dit ici que le ministère paraissait disposé à entendre les réclamations de quelques exilés. Je ne suis point dans l'intention d'en présenter, attendu que je compterais peu sur leur succès, piais s'il était permis d'espérer que la voix de la justice pourrait être entendue, je n'hésiterais pas à faire tout ce qui vous paraîtrait convenable ou utile. J'ai peu d'espérance de revoir ma patrie ; je n'ai aucun désir de reparaître dans le monde, mais j'ai fort à cœur de détruire les impressions qui résultent pour moi du parti pris de me comprendre dans une catégorie dont je ne suis point. Un autre mobile bien important pour moi serait d'être à l'abri des mesures fiscales qui menacent toujours les procrits. Ce que vous avez la bonté de m'écrire à ce sujet, Monsieur le (;omte, ainsi que les avis de M. Thibon, m'ont fait renoncer au projet d'aliéner mes immeubles. Si votre sagesse apercevait qu'il faut revenir à celte idée, je vous serais très obligé de m'en donner l'avis.
En vous exprimant les motifs de mon silence sur le point d'histoire dont il était question dans vos dernières lettres, j'ai été loin de croire que mon secret pût jamais être connu. Mais des considérations morales m'éloignent autant que je le puis de ce qui peut blesser les autres et dans ce déplorable événement sur lequel vous avez déjà des documents il est bi«*n difficilede s'expliquer sans déverser sur plusieurs personnes une opinion singulièrement fâcheuse. Il faut le dire, dans cette malheureuse affaire, Napoléon a été bien trompé.
Je termine. Monsieur le Comte, en vous priant d'agréer le nouvel hommage de ma reconnaissance, de ma plus haute considération et de mon inaltérable attachement.
Cambacérès.