M. MOLE INTERVIENT
fois, que ce n'était pas par le désintéressement et l'élévation que Fontanes était recommandable ; les gros traitements, la grande aisance dont il avait joui n'avaient fait qu'ajouter à ses besoins d'argent ; tout autre que lui se serait trouvé fort heureux de joindre à son patrimoine et aux économies qu'il avait faites, la pension de sénateur et les émoluments de ministre d'Etat; mais avec un revenu aussi considérable, Fontanes se croyait dans la misère et il étourdissait alors tous les ministres de ses plaintes, parce que Laine voulait supprimer une pension véritablement abusive qu'il touchait sur les fonds de l'Université. L'étude, et surtout, le gouvernement des hommes, apprennent à souscrire aux défauts de ceux cTiez lesquels se trouvent en compensation des qualités éminentes. Fontanes était un instrument trop précieux pour s'en priver ; d'ailleurs, un aussi beau talent et rappelant si bien tout ce que les mœurs monarchiques ont de plus élégant et de plus délicat, ne pouvait pas être moins bien traité parle petit-fils de Louis XIV qu'il ne l'avait été par Napoléon ; je n'hésitai donc pas à venir à son secours et à m'expliquer chaudement pour lui auprès du duc de Richelieu et du favori. Je fus bien mieux compris du premier que du second, qui aurait préféré à Fontanes le moindre pamphlétaire à ses gages, si l'opinion publique ne l'eût averti que Fontanes était une puissance qu'il fallait ménager; mais je ne pus rien gagner sur Laine qui nous opposait strictement la règle, et dont l'amour-propre ombrageux voyait avec un secret déplaisir qu'on attachât tant de prix à d'autres talents que les siens. L'idée qui nous était venue et à laquelle Fontanes avait pris vivement, était de créer pour lui la place de bibliothécaire du Roi, et d'y attacher un traitement égal à sa pension de l'Uni-