‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 27 sur 204 · LIQUIDATIONS · texte numérisé non relu

LIQUIDATIONS

« Sur ce sujet, les deux oppositions parleront a peu près le même langage et réuniront leurs efforts; elles reprocheront amèrement aux ministres de n'avoir pas prévu les conséquences de la convention qu'ils ont signée; les ministres répondront que cette convention est moins leur ouvrage que la suite du traité souscrit par M. de Talleyrand en 1814; on leur répliquera que cela ne peut les absoudre du reproche de légèreté et d'imprévoyance dans une matière aussi grave, que, tout en regardant la convention comme la conséquence d'un traité antérieur, ils en avaient calculé les résultats avant de demander aux chambres un crédit de 5 millions de rente et de déclarer que ce crédit suffirait et au delà pour rembourser les créances étrangères. Les deux oppositions concluront, si elles l'osent,

à ce que de nouveaux subsides soient refusés à des ministres si prodigues des deniers de l'Etat et qui craignent si peu d'ajouter au fardeau qui pèse sur la France.

« Il serait donc d'une extrême importance que la négociation entamée à Garlsbad fût terminée avant l'ouverture des chambres. Alors le Roi, dans son discours, ne découvrirait pas l'étendue du mal sans offrir le résultat de ses efforts pour l'adoucir. Mais si la négociation se prolonge, il faut au moins que le Roi en parle, il faut même qu'il ait le courage de s'approprier hautement la funeste convention, qui la représente en quelque sorte comme son ouvrage et la place sous la protection du respect qu'on porte à son nom. Nous ne sommes point arrivés où les Anglais sont parvenus, à séparer toujours le Roi des actes de son gouvernement et de la conduite d,e ses ministres. Le nom du prince, une parole de sa bouche sont encore quelque chose parmi nous.

« Peut-être, ainsi, parviendra-t-on à conjurer l'orage, mais que l'on n'épargne rien pour amener une prompte et heureuse issue, pour obtenir une forte réduction de la somme à payer, et des termes de versement qui ne commencent à courir qu'après l'expiration des cinq années données pour l'acquittement de nos premiers engagements. Rien n'adoucira autant les esprits et ne les préparerait mieux à la résignation pour de nouveaux sacrifices qu'un mot adroitement placé dans le discours émané du trône sur la retraite des étrangers; peut-être pourrait-on dire, sans trop s'avancer, qu'aux termes du traité de Paris, dans un an les souverains de l'Europe doivent examiner si la tranquillité de la France et sa fidélité à remplir ses engagements leur permettent de rappeler leurs

troupes, que sous ce double rapport nous n'avons rien à redouter de leur examen et qu'au contraire tout doit nous faire attendre de leur loyauté notre prochaine délivrance.

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