‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 29 sur 204 · BUDGET · texte numérisé non relu

BUDGET

« Les principales difficultés que présentera le budget seront celles relatives au domaine extraordi-

naire, à la dotation de la chambre des pairs, aux gardes du corps et aux Suisses, aux économies promises dans toutes les branches d'administration ; enfin, et surtout, aux dépenses de la guerre.

(( On défendra difficilement le domaine extraordinaire s'il est attaqué; les ministres seront sur un mauvais terrain ; on leur opposera des principes et des lois, ils ne pourront répondre que par des ordonnances.

« La dotation de la chambre des pairs doit se défendre hautement et franchement; il faut la présenter comme le gage des promesses de la Charte et un moyen de garantir de la pauvreté des pairs qui ne pourraient soutenir leur dignité et peut-être leur existence, si l'Etat ne venait à leur secours.

« On ne peut sauver les gardes du corps qu'en les retirant du budget de la guerre pour les porter sur celui de la Maison du Roi; il faut arrêter au premier mot contre les Suisses en disant qu'on est lié par un traité qu'il sera possible de ne pas renouveler mais sur lequel il serait impraticable autant qu'impolitique de revenir.

« Les économies, il faut bien l'avouer, n'ont pas été poursuivies jusqu'ici avec assez de constance et d'opiniâtreté; ce n'est pas que le zèle et l'engouement à cet égard se trouveront peut-être un peu refroidis; les légères réformes qui se sont opérées ont fait sentir à chacun ce qu'il en coûte et que tour à tour il n'est personne qui ne puisse être atteint; néanmoins on opposera aux ministres leurs promesses. On a donné trop peu de suite aux conseils de cabinet déjà tenus pour cet objet; l'organisation du Trésor, la perception des impôts directs et indirects, les départements de la Marine et de la Guerre sont dénoncés par la voix

publique comme susceplibles de grandes améliorations. Mais c'est à l'occasion du budget de la Guerre que s'engagera la lutte la plus violente et la plus redoutable; le ministre lui-même en sera le véritable motif. La majorité l'attaquera avec impétuosité et la minorité ultra-royaliste le défendra avec la même chaleur. Mais que ne risquerait pas le ministère en soutenant le duc de Feltre, et qu'en résulterait-il? Plus tard, arraché ou conservé, le duc de Feltre le diviserait, entraînerait sa chute.

« Une dernière considération doit être mise en ligne de compte, c'est la nécessité d'augmenter, cette année, le budget de la Guerre; l'époque de notre délivrance approche, il nous faut refaire une armée, un matériel, composer un corps d'officiers qui aient également la confiance du prince et du soldat. Lors même que le duc de Feltre serait l'homme capable d'exécuter une œuvre si difficile, pense-t-on que les Chambres mettront à sa disposition tout l'argent nécessaire? Augmenteront-elles le budget du département et de la Guerre tant qu'il le dirigera? Croit-on qu'il soit possible de les faire revenir de la prévention où elles sont que le duc de Feltre est à la fois un ministre incapable et dont les princes et la Cour disposent absolument?

« Tel est l'aperçu très sommaire des principales difficultés que présentera la prochaine session. Cette note n'a d'autre objet que de les placer ensemble et réunies sous les yeux du ministère. »

« Je me suis demandé souvent ce qui me déterminait à prodiguer mes conseils à des hommes auxquels ils eussent été évidemment superflus, s'ils avaient été capables de les suivre. Trouvais-je un puéril plaisir à leur faire sentir ce que j'appelais ma supériorité, ou

Page 1