LE DESPOTISME DES AFFAIRES
l'ambition, le désir d'être ministre me travaillaientils à mon insu? Etais-je flatté de diriger les affaires ou du moins ceux qui les dirigeaient? L'amour du bien public m'entrainait-il ou me flattais-je de voir enfin marcher les ministres dans la carrière que je m'efforçais d'aplanir devant eux? En vérité, je ne saurais assigner aucun de ces motifs à ma conduite. Insensiblement et sans le vouloir je m'étais mêlé des affaires parce que depuis douze ans je n'avais pas cessé un seul jour de m'en mêler. J'avais assurément en moi de quoi me passer d'elles; naturellement, je ne les aimais pas; la pente et les goûts de mon esprit m'attiraient ailleurs, mais il n'y a pas une habitude plus despotique et peut-être à cause de cela plus dangereuse; quiconque la contracte par circonstance ou autrement subit son joug avec une égale rigueur. Cette manière de vivre, qui nous débarrasse du temps sans que nous ayons jamais à prendre l'initiative, emploie tout ce que nous avons d'activité sans qu'il en coûte un effort à notre paresse; c'est de là que vient son charme ou plutôt son pouvoir. Pour y renoncer franchement et retourner à mes premières et véritables vocations, il m'eût fallu une énergie qu'elle fait perdre; la paresse et l'ennui me tenant par la main m'avaient ramené sur ce théâtre d'où j'étais descendu au mois d'avril 1814, en me jurant bien pourtant de n'y pas remonter; ensuite l'amour du bien public, la conscience, l'honneur, et par-dessus tout mon amitié pour M. de Richelieu ont fait le reste.
« La mort qui ne se laisse pas oublier longtemps, la mort qui n'interrompt jamais ses coups vint alors trancher le fil de deux destinées dont l'une promettait d'être brillante, et l'autre jetait depuis longtemps