MORT DE M™* DE STAËL
un vif éclat. On apprit presque au même moment que la petite Princesse, dernier rejeton de la branche régnante, et M™* de Staël venaient d'expirer. L'enfant royale, grâce à son sexe, produisit peu d'effet en sortant de ce monde, mais la terre entière parut attentive lorsqu'on lui dit que la femme qui la remplissait de bruit descendait dans la tombe. Je regrette pour la somme de mon expérience et dans l'intérêt des lecteurs de n'avoir pas assisté de plus près aux scènes qui signalèrent les derniers moments de M'"' de Staël ; fidèle à la règle que je me suis tracée, je n'en dirai que ce que j'ai vu.
« Elle avait loué un appartement au midi, rue Neuve-des-Matliurins, où j'allais la voir toutes les fois que je passais à Paris. Sa porte était assiégée de personnes de tous rangs, de toutes les nations, qui s'informaient de son état ; il entrait dans cet empressement plus de mode que d'affection, d'ostentation que d'intérêt; on voulait passer pour intimement lié avec une femme aussi célèbre, et sur son lit de douleurs elle jouissait encore de ce concours. En vérité, on eût dit qu'elle cherchait à en imposer à la mort, en s'entourant de tout ce qui marquait la place qu'elle tenait parmi les vivants. Jamais on ne porta si loin l'horreur de cesser d'être. Elle m'inspirait une profonde compassion; quand elle me revoyait, ses yeux s'attachaient sur les miens, pour saisir l'impression que me faisait son visage, et d'une voix troublée qu'accompagnait un déchirant sourire : « Gomment me trouvez-vous? » disait-elle. Jusqu'au dernier moment, elle eut la manie d'inviter à diner comme dans la plus parfaite santé ; son fils, sa fille et son gendre faisaient tristement les honneurs de la table, et souvent on se retirait sans avoir pu la voir.