‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 32 sur 204 · MORT DE M"*^ DE STAËL · texte numérisé non relu

MORT DE M"*^ DE STAËL

« Deux jours avant celui où elle expira, je dinai ainsi avec lady Jersey et plusieurs autres personnes qui la connaissaient à peine. Benjamin Constant vint après le diner et me frappa par son insensibilité, qui surpassa encore tout ce que j'attendais de lui. On ne verra rien de plus céleste, de plus touchant que la douleur de M™' de Broglie et les soins qu'elle rendait à sa mère. La nuit comme le jour, elle ne quittait son chevet et ne cessait de tromper par ses religieuses et tendres paroles l'amertume de cette lente destruction. Elle seule savait manier cette àme et ce corps si malades, et détacher doucement de la vie celle à qui elle devait la faire tant aimer. Plus d'une fois je me suis dit à ce spectacle, que la supériorité de l'esprit ne servait ni à vivre ni à mourir.

« M. Rocca, que M™" de Staël avait épousé secrètement, était aussi auprès d'elle, mais on ne le voyait pas. Quant à M. de Broglie, il la soignait comme un fils plutôt que comme un gendre, et lui prodiguait les assurances d'une fidélité, qu'il a religieusement gardée, à exécuter ses dernières volontés.

« Ainsi finit M™* de Staël. Ses cendres étaient à peine refroidies, que tout le bruit qu'elle faisait sur la terre avait cessé. 11 se renouvellera plus tard à la publication de son ouvrage posthume sur la Révolution française.

« Celle qui avait tout sacrifié à l'esprit méritait qu'on l'oubliât dès qu'on cessait de la lire ou de l'entendre.

« Cependant Decazes, ayant fait agréer au Roi l'idée de faire des ministres d'Etal, proposa à M. de Richelieu de me nommer avec Marmont et Pastoret. La réponse du duc, ou du moins celle que Decazes me rapporta, fut plaisante et caractéristique.

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