LES DINERS DE PASQUIER
« 11 faut nommer bien vite Marmont et Pastoret, dit-il; quant à Mole, je suis sûr que le mécontentement ne peut avoir d'influence sur sa conduite, que nous pouvons attendre. » '
«C'est ainsi que, faisant sans cesse aux hommes trop d'honneur, il manquait aux règles les plus communes de l'art de les conduire. Je fus touché de l'estime de ce digne homme et de la justice qu'il me rendait, mais je m'étonnai qu'il n'entrât pas dans son amitié un peu plus de tendresse, et qu'il ne sût marquer sa préférence que par des rigueurs.
« Pasquier donnait tous les vendredis à diner, portes closes, aux doctrinaires; j'avais parmi eux une grande vogue et toutes les fois que je me trouvais à Paris le vendredi, j'allais m'asseoir à ce docte festin; ces esprits pédantesques, présomptueux et tranchants, commençaient à donner la loi au ministère. Laine leur échappant par sa vanité, ils lui déclarèrent la guerre et se groupèrent autour de Decazes, de Pasquier et de moi. Ils avaient pour Pasquier un dédain qu'ils ne pouvaient dissimuler même à sa table; Royer- Collard le gourmandait avec hauteur pendant que Guizot en attendait sa fortune pour prix de ses con^ seils et de ses services. Barante aimait Decazes, tout en ayant sa mesure, et il exerçait sur lui une influence particulière; tous me recherchaient comme un esprit digne de recevoir la lumière et peut-être même de devenir leur chef lorsqu'ils en seraient à appliquer leur système et à se distribuer le pouvoir.
« Ce fut à un diner de cette espèce, le vendredi 25 juillet, que Decazes m'apprit la naïve opposition du duc de Richelieu à ce que je fusse ministre d'État. Les doctrinaires, qui ne se doutaient pas de cette petite intrigue subsidiaire, répétaient qu'il était hon-