NOUVELLE MALADIE
« Un nouvel incident était venu compliquer les difficultés : Decazes, par son étourderie, avait encouru le mécontentement de son maitre, et j'aime à lui rendre cette justice, il n'en était ni abattu ni troublé; ne sachant comment obtenir du duc de Feltre qu'il prît volontairement sa retraite, il avait imaginé de séduire sa vanité, en lui offrant, sans en parler au Roi, la place vacante de capitaine des gardes. Le monarque, offensé de ce qu'on eut disposé ainsi d'une charge si rapprochée de sa personne, désavoua la démarche de son ministre; je lus sa lettre à Decazes, toute remplie des expressions de son courroux, mais je lus aussi, et je me plais à le publier, je lus la réponse de Decazes pleine de courage, de mesure et de raison où, ne s'excusant que sur la forme, il insistait avec chaleur pour que le Roi fît à la politique et au bien public le sacrifice de ses préjugés et de ses affections; du reste le dîner à Neuilly n'amena rien de remarquable et j'en partis pour aller coucher à Champlâtreux.
« Je devais revenir à Paris trois jours après pour un grand dîner que donnait Stuart à l'un des membres du cabinet de Londres, mais j'y revins au lieu de cela pour me mettre au lit et y être en danger de mourir; ma santé était devenue encore plus languissante, Moreau, qui n'était mon médecin que depuis quelques mois et qui aurait renouvelé Hippocrate, si à la grande instruction, au dévouement admirable, aux soins merveilleux, il avait joint le tact et le coup d'oeil de Gorvisart, Moreau faisait sur ma frêle machine des essais qu'elle ne comporte pas; entre autres, il m'avait fait appliquer sur le bas ventre un emplâtre de pois de Bourgogne émétisés pour déplacer l'irritation intérieure, mais l'émétique, promptement absorbé, me causa bientôt une inflammation accompagnée de dou-