NOUVELLE MALADIE
leurs vives et j'arrivai à Paris avec une fièvre violente et des souffrances intolérables. Je passai trois jours sur la roue et dans un assez grand danger, pendant lesquels M'"'' Mole m'écrivait tranquillement pour me demander si elle ne devait pas revenir; mon cœur, hélas, ne l'appelait plus, il en avait été trop souvent repoussé ! Mes enfants, mes chers enfants s'offraient incessamment à ma pensée, mais je ne pouvais me résoudre à mander d'autorité leur mère, à proférer ces mots : Venez me soigjier. Je restai donc pendant cinq jours sur ma couche solitaire sans voir un autre visage que celui de mon fidèle médecin et sans autre distraction que les messages importuns de cette multitude d'indifférents qui envoyaient savoir de mes nouvelles. J'avais fermé ma porte à tous venants, même à M. de Richelieu et à Pozzo qui s'y présentaient tous les jours ; le public en témoigna un intérêt dont on est fier ou heureux quand on conserve encore des illusions que je n'avais plus.
« Enfin M"'^ Mole arriva; notre première entrevue fut froide et contrainte; nous nous comprenions sans vouloir nous expliquer; je lui reprochais en secret son indifférence, et elle me reprochait mon injustice; c'est à quoi elle et moi nous avons passé le temps de notre union. Bientôt pourtant, la nécessité nous rapprocha; que faire, en effet, auprès d'un pauvre malade si on ne le soigne, et quels sont les soins, quel est l'appui qu'une àme énervée par la souffrance n'accepte pas!
« Il me revenait que le duc de Wellington, Pozzo et M. de Richelieu répétaient à l'envie que mes jours étaient précieux pour l'Etat, mais j'aurais alors donné pour un éclair de santé tous ces vains témoignages de l'estime des hommes. Quoique la fièvre et les plus