‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 43 sur 204 · LE BANQUIER LAFFITTE · texte numérisé non relu

LE BANQUIER LAFFITTE

démentie drapeau de l'opposition; ce banquier, à qui il n'a manqué que d'être moins léger et moins riche pour devenir un propre chef de parti important, se déclara alors, assez hautement, pour le duc d'Orléans. Il portait aux prochaines élections Manuel et Benjamin Constant en se moquant des cajoleries et des menaces de Corvetto qui pouvait le ruiner. Laffitte tenait du Roi la place de gouverneur de la Banque, tout le cabinet était en travail pour savoir si on la lui ôterait; le duc me demanda mon avis, je lui dis qu'il fallait se garder de rendre Laffitte une puissance en montrant qu'on le redoutait; que peut-être il eût été plus prudent et plus adroit de fermer les yeux sur sa conduite, tout en le déjouant, mais du moment où on la lui avait signalée à lui-même comme factieuse, et et où il y persistait, la guerre était inévitable, et il ne restait plus au gouvernement qu'à être le plus fort. Le duc revint ensuite aux deux éternels sujets de nos entretiens : le duc de Feltre et le Concordat. Lord Wellington avait fait auprès de lui une démarche solennelle en faveur de Clarke; le général anglais commençait à redouter pour la France et pour l'Europe, la conséquence des concessions faites à la Révolution. M. de Richelieu, en partageant ses craintes et estimant singulièrement sa personne, ne vit pas sans peine son intervention et se décida d'autant plus irrévocablement à renvoyer le duc de Feltre qu'il ne voulait jamais rien céder à l'influence étrangère.

« Quant au Concordat, il rendait maintenant hommage à ma prévoyance et voyait de point en point se réaliser ce que j'avais prédit. L'orage grondait dans le lointain et l'horizon se chargeait tous les jours davantage. Le nouveau Concordat s'exécutait sans qu'il eût été publié, sans que la nation ni les chambres sussent

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