COURSE MATINALE
décrire, et elle, ne pouvant plus suffire à tout ce qui remplissait son cœur, me réf)onciit par deux ruisseaux de larmes au travers desquelles sa céleste figure brillait d'un surnaturel bonheur. Après quelques moments de ce silence qui est la seule expression de ce qu'aucune parole ne peut rendre, elle se leva pour graver son chiffre et la date d'un tel jour sur une des vitres de ma fenêtre, puis revint effeuiller dans les tiroirs de mon bureau quelques-unes des belles roses qu'elle avait apportées. Nous commençâmes alors à parcourir le jardin ; le dessous des futaies s'émaillait de toutes ces petites fleurs qui reparaissent avec le chant de la grive et du merle ; la pointe verdoyante des gazons contrastait avec les vieilles et noires écorces de ces marronniers que Lenôtre plantait en même temps que les jardins de Louis le Grand. On ne sait pas jusqu'où peut aller le charme, la grâce d'une femme quand on n'a pas vu A... jouir à la fois du printemps, des émotions de l'histoire et de celles que donnent les arts dans le sein de l'amour! En ce moment encore, où il ne me reste de tant d'enchantements qu'une large et incurable blessure, je le répète du fond de mon âme découragée, je donnerais toutes les années de ma vie pour quelques jours comme celui-là.
« L'horloge du château vint nous rappeler qu'il fallait partir. A... avait laissé croire chez elle qu'elle passerait sa matinée à son ancien couvent des Anglaises et elle voulait être rentrée à l'heure où elle avait coutume d'en revenir. Au bas de la rue de Clichy nous arrêtâmes la voiture et elle en descendit pour gagner ;i pied le boulevard, pendant que je retournais chez moi par les rues.
« Il y a deux sortes de coquetteries, l'une pleine d'art, d'artifice, de projets, qui triomphe quand elle