‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 53 sur 204 · PORTAL CHEZ M. MOLE · texte numérisé non relu

PORTAL CHEZ M. MOLE

retraite pour me trouver à portée d'aider vos premiers pas; niais, comme je l'ai annoncé à Decazes, et comme je viens vous le déclarer, rien ne m'empêchera de quitter les fonctions publiques et de retourner à Bordeaux le premier juillet prochain; je suis dans une position tout à fait fausse et qu'il m'importe de faire cesser promptement : ma maison est une des plus considérables du commerce de Bordeaux; mes principales relations sont avec nos Antilles et l'on sait que je dirige la division des colonies! Il faut un caractère autant au-dessus du soupçon que le mien pour que la malignité n'ait pas déjà saisi ce rapprochement. »

« Tout en parlant, Portai me regardait avec inquiétude et semblait s'apercevoir, dès ce premier entretien, que je ne serais jamais sa dupe. Il se mit ensuite à me dérouler tout le ministère de la Marine, me. traçant ce que j'avais à faire dans tous les détails, et l'opinion que je devais concevoir de chaque individu. Après qu'il eut fini, je le remerciai en lui rendant tendresse pour tendresse, et compliment pour compliment. Toutefois, j'étais moins capable d'attraper Portai, que de m'en laisser attraper; il vit donc que je ferais par moi-même les affaires de mon département, que sous mon règne il perdrait plutôt qu'il ne prendrait de l'importance, et dès ce moment, sous les apparences du dévouement à ma personne, il ne cessa de travailler à me renverser.

« A midi, je fus chez le duc de Richelieu qui me reçut comme si j'avais été toujours son collègue et me mena dans sa voiture prêter serment entre les mains du Roi. Le lendemain était un dimanche; j'y parus à la Cour pour la première fois comme ministre ; avant d'entrer chez le Roi, je me présentai chez les princes.

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