‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 54 sur 204 · AUDIENCES DES PRINCES ET DU ROI · texte numérisé non relu

AUDIENCES DES PRINCES ET DU ROI

« Monsieur, en me faisant son compliment avait l'air de me dire : « Vous voilà à même de me faire revenir sur votre compte, mais vous ne ferez rien de ce qu'il faudra pour cela. » L'accueil de M. le duc d'Angoulême fut plein d'obligeance, mais l'obligeance de ce prince compte peu, parce qu'on sait qu'il a cru de sa politique de prendre pour devise : « Tout ce que le Roi fait est bien. » M. le duc de Berry, lorsque je parus devant lui, m'adressa ces propres paroles :

« Eh bien, M. Mole, vous voilà donc ministre! ce n'est assurément ni l'esprit ni le talent qui vous manquent.

(( — Monseigneur ne pense sûrement pas que ce soit non plus le dévouement ».

« Il vit que je l'avais compris et devint rouge comme son ruban, en balbutiant quelques politesses.

« Je montai ensuite dans le cabinet du Roi où se réunissent tous ceux qui ont leurs entrées, et j'assistai à cette réception du dimanche qui n'a pas varié, ni ne variera un seul jour tant que Louis XVIII sera sur le trône. Le plus souvent, le Roi entend la messe dans sa chambre, tandis que sa famille l'entend à la chapelle. La messe finie, les portes de sa chambre s'ouvrent et on le voit sortir dans son fauteuil roulant. En même temps, sa famille revient de la chapelle et remplit le cabinet avec la foule des courtisans qui ont le droit d'y entrer. Alors, le Roi adresse la parole aux mêmes personnes dans le même ordre, et dans les mêmes termes; il commence par Monsieur, il l'appelle « Mon frère », Monsieur s'approche, le Roi lui dit à l'oreille quelques paroles en souriant, puis « ma nièce », c'est Madame qui s'approche de la même façon; «( Mon neveu », c'est M. le duc d'Angoulême qui, à son tour, reçoit quelques mots tout bas; « Duc de Barry », et enfin « Ma nièce

Page 1