PREMIER CONSEIL DE CABINET
discussion et je n'eus pas même à voter, car M. de Richelieu omit de prendre les voix. Du reste, le conseil des ministres se réunissait trois fois dans la semaine, le lundi et le vendredi chez son président, le mercredi chez le Roi. Les gens du monde se figurent qu'il n'y a rien de si imposant ni de si grave qu'un conseil de ministres, qu'une réunion de sept personnes qui, sous le nom du souverain en titre, gouvernent un pays comme la France. Eh bien, ils ont de la bonté de reste. Tout devient grave, ordonné, imposant quand une volonté forte et éclairée s'impose et règle a la fois le mouvement. Mais quand cette force de volonté et cette supériorité des lumières ne se rencontrent nulle part, ni dans le monarque, ni dans le chef de son gouvernement, les ministres ne sont plus que des hommes comme les autres hommes, tout pétris d'inconsistance et de légèreté.
(( L'heure du conseil était une heure; nous étions assez exacts, excepté Decazes qui arrivait une heure et quelquefois deux heures plus tard, tenant sous son bras ce portefeuille rouge dont j'ai parlé, celui qu'il avait coutume d'envoyer chaque jour au Roi. On commençait par attendre Decazes une demi-heure ou trois quarts d'heure en contant des historiettes. Alors M. de Richelieu s'impatientait, retournait brusquement son fauteuil du côté de la table et ouvrait la séance; chaque ministre portait au conseil toutes les affaires et nominations importantes qui ressortaient de son département. Le garde des Sceaux commençait; son travail était naturellement fort court. C'est pendant qu'il parlait que Decazes entrait d'un air préoccupé, nonchalant et distrait, sans faire aucune excuse et prenait place auprès de moi. Decazes ouvrait ensuite son portefeuille, en tirait ses rapports de