‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 59 sur 204 · LE PARTI LIBERAL · texte numérisé non relu

LE PARTI LIBERAL

police, qu'il passait à M. de Richelieu et se mettait à écrire ou à lire ses lettres sans écouter un seul mot de ce qui se disait; M. de Richelieu de son côté lisait les rapports de police, et le ministre dont c'était le tour de travail avait l'agrément de parler dans le désert, jusqu'à ce que, voulant remporter cependant une décision du conseil, il suppliât d'un ton découragé le président et le favori de daigner lui prêter l'oreille un seul moment.

« Quand je fus bien sur que cela se passait toujours ainsi, je fis comme les autres, je me mis aussi à n'écouter que quand cela m'intéressait. Je me promenais la plupart du temps par la chambre; Gouvion dormait, M. de Richelieu et Decazes lisaient ou écrivaient, Pasquier se chauffait. Laine seul écoutait par pédanterie de conscience, mais en enrageant de s'y croire obligé; et Corvetto qui avait connu, ainsi que moi, une autre manière de traiter les affaires, éprouvait une impatience qui se trahissait par les traits les plus fins et des regards qu'il m'adressait à la dérobée.

(( Les partis ne cessent de se ruer sur la chose publique et de vouloir s'en emparer que quand il se trouve un gouvernement, c'est-à-dire un homme assez fort pour ne s'appuyer sur aucun d'eux. Au lieu de cela, le ministère n'avait cessé de prodiguer les complaisances et les concessions au parti qui s'intitulait libéral, pour se le concilier et l'opposer au mouvement de réaction imprimé par le retour du Roi et favorisé par son frère.

« Ce parti, ressuscité à force de faiblesses, aspirait à renverser ce ministère auquel il devait l'existence ou du moins à lui dicter ses lois.

« C'est dans les élections qu'il commença à jeter le masque et que Decazes vit paraître devant lui ce

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