‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 60 sur 204 · LES ÉLECTIONS DE · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS DE

nouvel adversaire auquel il n'avait pas songé. Menacé tout à la fois par la droite et par la gauche, il donnait pour instructionis aux préfets et à tous ses agents d'écarter avec le même soin les candidats des deux côtés et de porter à la députation des hommes modérés ou du milieu, des hommes aimant le repos ou recherchant la faveur du ministère. L'époque des élections était pour lui un temps de dictature. Il changeait ii son gré les préfets, les sous-préfets, les généraux commandant les divisions militaires ou les départements. Vainement Laine, quand il envahissait toutes les attributions, voulait-il lui opposer quelque résistance, Decazes allait trouver le Roi. « Je ne réponds pas des élections dans tel département », lui disait-il, « si le préfet n'est pas changé. » M. de Richelieu ne trouvait pas plus que le Roi, de réponse à cet argument, et le préfet soutenu par le ministre de l'Intérieur était destitué.

« Quant aux administrations financières dont les innombrables employés couvrent la France, le favori, sous le même prétexte, les bouleversait à son gré, et le pauvre Gorvetto ne faisait qu'en pousser des gémissements étouffés.

« La Marine aurait pu se croire à l'abri du même sort, maison verra la peine que j'eus à la défendre et à empêcher que le grade suprême du vice-amiral ne devint la récompense de l'intrigue et de la bassesse.

« Les doctrinaires combattirent pour Decazes cette année et Guizot mit dans les Anfiales politiques des articles remarquables que les journaux ministériels répétèrent. Moi-même je le secondais de tous mes efforts; la ligne qu'il suivait était encore la mienne, seulement je présageais que son imprévoyance et son ambition ne tarderaient pas à l'en faire dévier, et je

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