‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 63 sur 204 · AFFAIRE DE L ÉPINGLE NOIRE · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE L ÉPINGLE NOIRE

« Aussi la leçon fut-elle perdue, Decazes crut que tout le mal venait de ce qu'il n'était pas encore assez le maître, tandis que M. de Richelieu et Laine commençaient à accuser la loi des élections et me reprochèrent de la leur avoir arrachée. Au reste, cette même opinion qui les eiïrayait, dont ils s'expliquaient si mal les véritables causes, se manifesta de nouveau sous leurs yeux dans le jugement de l'Epingle noire par la cour d'assises de Paris. Les accusés furent tous acquittés, aux acclamations d'un public qui avait déjà applaudi avec transports leurs défenseurs, quand ils avaient insinué que cette conspiration était l'ouvrage de la police.

« Le fait est que si Decazes n'inventa pas ce prétendu complot, il mit une incroyable légèreté à le poursuivre. C'est une des fautes les plus funestes où il ait entraîné le ministère. De ce moment se propagea le préjugé qu'il ne pouvait y avoir d'autres complots que ceux inventés ou suggérés par les agents de la police; de ce moment, les conspirateurs furent plaints comme des victimes, et ceux qui révélaient leurs desseins regardés comme les plus vils suppôts du pouvoir. L'Europ3 entière aurait le droit de citer Decazes à son tribunal pour lui demander compte de toutes les religions qu'il a laissé détruire. Depuis le commissaire de police jusqu'aux juges, depuis l'autorité du maire jusqu'au pouvoir royal, et jusqu'au Roi lui-même, il a tout avili et rendu le gouvernement presque impossible en faisant tomber dans le même mépris tous ceux auxquels on obéit.

« Rien n'a autant contribué à rendre les deux partis qui nous divisent irréconciliables, rien n'a jeté plus de germe d'une révolution nouvelle que la marche suivie dans une autre affaire de même nature, la fameuse conspiration de Lyon.

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