‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 66 sur 204 · H8 LA CONSPIRATION DE LYON · texte numérisé non relu

H8 LA CONSPIRATION DE LYON

drait pas. Lorsqu'il nous apporta ce beau plan, en proposant le changement de tous les principaux fonctionnaires sans en disgracier aucun, je m'opposai de toutes mes forces à son exécution et je demandai avec instance qu'on laissât les tribunaux débrouiller ce chaos impur. « La justice le veut, répétai-je, et la politique aussi, prouvant que loin de cacher la vérité ou de reculer devant elle, le gouvernement cherche à connaître les coupables quels qu'ils soient et qu'il est décidé à les punir. » Je pus à peine me faire écouter. L'argument par lequel M. de Richelieu et le conseil furent entraînés était celui-ci :

« Si vous allez jusqu'au fond de cette sale affaire, savez-vous quels personnages ne se trouveront pas compromis? et si vous arrivez encore jusqu'aux confidents, aux conseils avoués ou supposés de Monsieur, n'achevez-vous pas de rendre odieux ce prince, contre lequel trop de préventions s'élèvent déjà? »

« — C'est ainsi, répliquai-je, que par des ménagements pusillanimes ou malentendus on perd les princes et les dynasties; ce qu'il y a de pire pour Monsieur comme pour le Roi, comme pour le ministère, c'est que la nation croie qu'on a craint de trouver l'héritier du trône compromis dans une intrigue aussi odieuse. Sauvons-le, et s'il le faut, malgré lui, en le forçant d'ouvrir les yeux sur les hommes dans lesquels il a si malheureusement placé sa confiance, et montrons à la France que le gouvernement ne connaît pas de considérations qui puissent l'emporter sur la justice et la vérité, »

« Quelques-uns de mes collègues applaudissaient peut-être au fond de leur cœur à |ce langage, mais aucun n'osa le tenir avec moi. Le favori fît persévérer le conseil dans ce système d'intrigues, qu'il décorait

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