H8 LA CONSPIRATION DE LYON
drait pas. Lorsqu'il nous apporta ce beau plan, en proposant le changement de tous les principaux fonctionnaires sans en disgracier aucun, je m'opposai de toutes mes forces à son exécution et je demandai avec instance qu'on laissât les tribunaux débrouiller ce chaos impur. « La justice le veut, répétai-je, et la politique aussi, prouvant que loin de cacher la vérité ou de reculer devant elle, le gouvernement cherche à connaître les coupables quels qu'ils soient et qu'il est décidé à les punir. » Je pus à peine me faire écouter. L'argument par lequel M. de Richelieu et le conseil furent entraînés était celui-ci :
« Si vous allez jusqu'au fond de cette sale affaire, savez-vous quels personnages ne se trouveront pas compromis? et si vous arrivez encore jusqu'aux confidents, aux conseils avoués ou supposés de Monsieur, n'achevez-vous pas de rendre odieux ce prince, contre lequel trop de préventions s'élèvent déjà? »
« — C'est ainsi, répliquai-je, que par des ménagements pusillanimes ou malentendus on perd les princes et les dynasties; ce qu'il y a de pire pour Monsieur comme pour le Roi, comme pour le ministère, c'est que la nation croie qu'on a craint de trouver l'héritier du trône compromis dans une intrigue aussi odieuse. Sauvons-le, et s'il le faut, malgré lui, en le forçant d'ouvrir les yeux sur les hommes dans lesquels il a si malheureusement placé sa confiance, et montrons à la France que le gouvernement ne connaît pas de considérations qui puissent l'emporter sur la justice et la vérité, »
« Quelques-uns de mes collègues applaudissaient peut-être au fond de leur cœur à |ce langage, mais aucun n'osa le tenir avec moi. Le favori fît persévérer le conseil dans ce système d'intrigues, qu'il décorait