LE CONCORDAT DEVANT LE CONSEIL. H
du nom (le conciliation, système dont la conséquence immédiate et inévitable était, comme on ne tardera pas à le reconnaître, d'avilir le gouvernement.
(( Les affaires de Lyon et le Concordat me semblaient faits pour ébranler le ministère. On était à la veille d'ouvrir la session, il devenait urgent do se fixer sur la forme dans laquelle le Concordat serait présenté aux chambres. Cette question avait été déjà délibérée dans les conseils de cabinet, il ne restait plus qu'à la porter selon l'usage à un dernier conseil que le Roi présiderait. La 2 octobre ce conseil fut réuni et composé, outre les ministres secrétaires d'Etat, du cardinal de la Luzerne, de Ferrand, Beugnot, Camille Jordan et Portails. Cette liste avait été faite par Decazes et Pasquier. Le cardinal de la Luzerne y figurait pour le clergé, Ferrand pour les ultras. Quoique resté un de leurs oracles, il ne donnait plus d'ombrage au ministère depuis que Decazes par des faveurs redoublées avait apprivoisé ce rude vieillard au point de le compter parmi ses serviteurs; Beugnot, courtisan empressé de tous les ministres, apportait le tribut d'une rare instruction et d'un esprit fertile en expédients; Camille Jordan représentait les doctrinaires; enfin, Portalis était là pour aider l'ignorance de Decazes et de Pasquier, comme un gros et savant dictionnaire qu'ils auraient placé sur la table. Chacun remplit fort bien le rôle qui lui était distribué ; Camille Jordan s'éleva seul avec chaleur et indépendance contre le projet de loi qui devait être présenté aux chambres et qu'il voyait adopté d'avance par le ministère. Le Roi, après avoir écouté d'un visage impassible, résuma la discussion dans un petit discours solennel, soigneusement préparé, et leva la séance en disant qu'il y réfléchirait.
120 JOURNEE MINISTERIELLE
<( C'est vers ce temps que le duc de Hichelieu alla passer quelques jours au château de Courteilles, où habitaient toute l'année sa femme et sa belle-mère. A son retour, nous le décidâmes à présider une séance du Conseil d'Etat, où devait se discuter un projet de loi sur la presse et qui n'offrit rien de remarquable que l'opposition systématique des doctrinaires.
(( Quoique ma santé continuât d'être toujours fort languissante, je m'occupais beaucoup de mon ministère; peut-être même, me laissai-je trop aller à l'attrait qu'il avait pour moi, et lui donnai-je parfois des moments que j'aurais pu utilement employer aux affaires générales. Il me paraissait souvent bien tentant d'abandonner à Decazes le champ de l'intrigue et de l'ambition et de travailler sans bruit à doter la France de la seule espèce de marine qui lui convienne et à remplacer par des relations libres, mais bien profitables, la portion de tyrannie que nous exercions, avec le reste de l'Europe, sur le nouveau monde.
« La vie que je menais était à peu près celle-ci : je me levais au point du jour, et tout de suite après avoir avalé un bol de lait de chèvre, je courais faire le tour des Tuileries ; je revenais m'habiller et après avoir écrit quelques lettres dans ma chambre, je me rendais dans mon cabinet situé à l'autre bout du vaste édifice que j'habitais; je reprenais alors, pour les examiner à loisir, quelques affaires mises en r.éserve les jours précédents. Un peu avant le déjeuner, je montais chez mes filles, je m'informais de leur santé, de leurs petites études et en sortant de table, c'est-àdire vers 41 heures, je rentrais dans mon cabinet. C'est alors que les chefs de division venaient travailler avec moi, que je recevais les personnes à qui j'avais promis des audiences, les pairs, les députés,