‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 70 sur 204 · SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

SAINT-DOMINGUE

mais Desbassins, dont toute la famille et les biens étaient à Bourbon, avait besoin de cela pour arranger ses affaires et Portai, qui ne négligeait pas les siennes, l'avait fait nommer.

« La plus imposante de nos colonies, non seulement dans le passé, mais peut-être aussi dans le présent ou dans l'avenir, Saint-Domingue, était celle dont on s'occupait le moins. J'étais curieux de connaître tout ce qui avait été conçu de projets ou fait de démarches pour la recouvrer depuis 1814. Je trouvai qu'il n'y avait pas de chimères qu'on n'eût rêvées, de gaucheries que l'on n'eût commises. Tantôt on avait ajouté à l'excessive défiance des noirs par d'absurdes tentatives de séduction auprès de Péthion ou de Christophe; tantôt, oubliant une cruelle et trop récente expérience, on avait osé former encore le projet d'y conduire une flotte avec une armée. Depuis longtemps j'étais convaincu qu'il ne fallait plus discuter aux noirs leur liberté et à Saint-Domingue son indépendance. L'Angleterre, plus prompte que nous à connaître cette vérité, tout en la déplorant et sentant ce dont elle menaçait ses colonies, nous avait gagné de vitesse et déjà dans la partie du Sud, sous la domination du barbare Christophe, l'anglais était enseigné dans toutes les écoles et les manufactures anglaises fournissaient toutes les consommations. Des rapports certains ne tardèrent pas à m'apprendre qu'il nous serait bien facile de supplanter l'Angleterre et d'obtenir des indemnités pour les colons dépossédés et d'assurer à notre commerce d'incalculables avantages, si la France, se contentant de recevoir l'hommage de Saint-Domingue afïranchie, ouvrait ses portes au pavillon haïtien. Je ne soupçonnais aucun de mes collègues d'être assez privé de lumière pour s'opposer

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