‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 71 sur 204 · SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

SAINT-DOMINGUE

à ce que cette marche fût suivie. Le Roi, dans des questions de cette espèce, n'avait d'autre avis que celui de son ministère, enfin le duc d'AngouIême m'avait paru regretter qu'on ne se hàtat pas davantage de confirmer à Saint-Domingue une indépendance qu'on ne pouvait lui ùter et qu'il consentait pourtant à payer encore chèrement. Je pus donc me flatter un moment d'honorer mon ministère en tirant de la misère mon infortunée colonie et en ouvrant au commerce français un champ vaste et fécond. Je n'avais pas calculé d'où viendrait l'obstacle et je le rencontrai tout près de moi. Je m'aperçus que mes bureaux me voyaient avec inquiétude traiter tout ce qui était relatif à Saint-Domingue dans le secret de mon cabinet.

<( Je sondai Portai sur mes projets et j'observai sur >a physionomie un trouble que m'expliquèrent ses discours. Tout en y mettant beaucoup de réserve et d'adresse. Portai me montra la Martinique et la Guadeloupe en proie aux mêmes horreurs et aux mêmes désastres que Saint-Domingue, et finissant par se séparer aussi de la métropole, si jamais la France laissait seulement soupçonner qu'elle pût reconnaître la liberté des nègres et l'indépendance du gouvernement d'Haïti. De ce moment je prévis, et je ne me trompais .pas, que Portai ne ferait que déjouer mes efforts, et je ne pensai plus qu'à lui en dérober la trace. Je ne pus oublier, je l'avoue, que sa maison de commerce de Bordeaux avait toutes ses relations avec la iMartinique, et que, chef de la division des colonies, il se trouvait en même temps le régulateur souverain de notre commerce avec cette ile.

u Pour terminer l'exposition de notre système colonial, si cette expression n'est pas trop pompeuse pour

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désigner les faibles possessions d'outre-mer, que la Restauration nous avaient rendues, je dirai un mot de deux projets de colonisation dont mes prédécesseurs et toujours M. Portai s'étaient occupés. L'un concernait le Sénégal et l'autre Cayenne.

(( Decazes avait fait nommer commandeur du Sénégal un aventurier nommé Schmaltz, que son caractère moral et sa réputation auraient dû éloigner à jamais de tout emploi de cette espèce, Schmaltz avait autrefois parcouru l'Inde et plusieurs autres parties de la terre où il avait toujours laissé la même renommée ; actif, inventif, entreprenant, il avait pourtant échoué dans ses tentatives répétées pour arriver à la fortune; il réunissait toutes les qualités propres à éblouir Decazes, qui n'exigeait d'ailleurs dans ses créatures aucune de celles qui lui manquaient. Je rendrai ici à Portai une justice qu'il m'a refusée depuis en reconnaissant que, loin de partager l'engouement de Decazes, il ne céda qu'avec répugnance à ses volontés et' ne se prêta à leur exécution qu'en exprimant ses doutes sur leur succès.

« Schmaltz avait envoyé un mémoire séduisant, accompagné de soumissions des chefs de tribus habitant la rive gauche du fleuve, lesquels s'offraient à cultiver des terres pour une rétribution déterminée, ou une part dans les produits; d'heureux essais semblaient prouver que l'indigo et le coton croîtraient partout en abondance; enfin le climat même n'était point aussi redoutable qu'on l'avait pensé jusque-là; la première chose à faire était de se mettre à l'abri des incursions des Maures de la rive droite, en relevant quelques ouvrages du fort qui protégeait autrefois nos établissements et commandait le cours de la rivière. L'auteur du mémoire pressait l'envoi d'une

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