MISSIONS SCIENTIFIQUES
s'assurer autant qu'il le pourrait des ressources des deux partis, des intelligences et des rapports de l'Angleterre avec l'un et l'autre, enfin de recueillir des renseignements exacts sur les projets, les talents et le caractère des principaux chefs.
« Le maréchal Gouvion avait aussi envoyé le capitaine Gautier déterminer la latitude et la longitude des points les plus importants de la Méditerranée, depuis Malte jusqu'au fond de la Syrie et le long des côtes de l'Asie-Mineure; je le réexpédiai, sur la demande de l'Académie des Sciences, pour renouveler aux Iles d'Ivoire des expériences sur les oscillations du pendule et se porter ensuite dans le golfe Adriatique et dans l'Archipel. On a dû au travail de ces officiers la meilleure carte qui existe de la Méditerranée.
« Quant au capitaine Freycinet, je le trouvai parti sur la corvette l'Uranie pour aller déterminer la configuration de la terre dans l'hémisphère austral. La connaissance que j'ai prise des instructions dont il était porteur et celle que j'ai eue du résultat de son voyage m'a toujours fait ranger sa mission parmi les dépenses au moins inutiles, mais Freycinet savait se pousser dans le monde et y faire parler de lui.
« Enfin, je retrouvai à la Marine l'habile et savant ingénieur Beauté ms-Beaupré, compagnon de M. d'Entrecasteaux et avec lequel j'avais déjà eu des rapports de service sous l'Empire. Il appliquait à la reconnaissance des côtes de France sa méthode pour la levée des cartes hydrographiques.
CHAPTRÏE V
Le duc d'Angoulème grand amiral. — Ordonnance sur la Marine. — Difficultés avec le duc d'Angoulème. — Le contreamiral de Colbert. — Monsieur. — Ouverture de la session de 1817. — Le discours royal. — L'école navale d'Angoulème. — Adresse de la chambre des députés. — Loi sur les délits de presse. — Rôle des doctrinaires. — Anniversaire de la naissance de Louis XVIIL — Digression sur l'amour. — Une entrevue pénible. — Séparation. — Suite de la session. — Discussion de la loi sur le Concordai.
« J'ai déjà eu lieu de remarquer combien mes relations avec M. le duc d'Angoulème étaient délicates. Ce Prince, comme son père, aime à se mêler d'affaires et s'en mêle autant que le lui permet la parfaite soumission qu'il professe aux ordres et même aux intentions du Roi. Son titre de grand amiral lui servait de prétexte et était même à ses yeux un droit pour s'informer de tout ce qui se faisait dans le déparment de la Marine, et y exerçait un patronage dont il se montrait assez jaloux. Rien de plus opposé sans doute à l'esprit du gouvernement représentatif que d'accorder aux Princes une semblable influence et d'obliger les ministres responsables à devenir plus ou moins leurs courtisans. Mais quand je voulus faire entendre cette vérité à mes collègues, ils me regardèrent comme une espèce de puritain et de quaker et Decazes fut celui de tous qui me comprit le moins.