ORDONNANCE SUR LA MARINE
« Il ne me restait donc qu'à me concilier M. le duc d'Angoulême par beaucoup de soins et d'égards pour gagner sa confiance, ne lui faire vouloir que ce qui serait juste en soi et même m'appuyer au besoin de son suffrage pour agir sur l'esprit du Roi. Quand j'allais le voir, il me recevait avec empressement et de telles démonstrations de politesse, que je lui en témoignai quelquefois de l'embarras; alors comme pour m'expliquer ses manières, il s'écriait : « Gomment, un ministre du Roi! » Ordinairement, il s'asseyait avec moi auprès d'un petit bureau, d'où il tirait des cahiers de notes assez considérables et la plupart de son écriture.
(( Je lui avais communiqué le projet de ma fameuse ordonnance de réformes dès qu'elle fut arrêtée au conseil, mais longtemps avant d'en entretenir le Roi. Je suis encore convaincu que la France a dû à cette ordonnance la conservation de sa marine. Le préambule ne parlant que d'économie et de la nécessité de ramener les cadres à l'état de paix, épargnait autant que possible la vanité des officiers admis à la retraite. Par ce moyen, tout le mal fait depuis la Restauration se trouvait presque entièrement réparé. La Cour et l'émigration qui avaient envahi la marine plus encore que l'armée, s'en trouvaient expulsés, sauf quelques honorables exceptions, qu'il était aussi juste que politique de traiter très favorablement pour les faire ressortir. Du reste, les services réels et la capacité se trouvaient réintégrés dans tous leurs droits et tout avenir, tout avancement n'étaient plus interdits à une brillante et valeureuse jeunesse*.
« M, le duc d'Angoulême comprit mes vues et parut
i. Voir appendice, p. 397.