DE SERRE, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES DEPUTES
de Serre, Royer-Collard, Camille Jordan, Beugnot et Roy. C'était toute la liste des doctrinaires. Un si brillant début dut faire présager la grande part d'influence qu'ils auraient dans cette session. Le ministère ne pouvait balancer à choisir encore de Serre, tout en prévoyant les difficultés qu'il lui susciterait.
« De Serre avait employé l'intervalle entre les deux sessions à parcourir un grand nombre de départements, et partout il avait fait alliance avec les libéraux, en se donnant à eux plutôt pour l'adversaire des ministres que pour leur appui. Il revenait la tête montée par ses petits triomphes de province, et l'ayant rencontré chez Decazes, au moment où il débarquait, je fus frappé de la hauteur avec laquelle il lui donnait ses directions.
« Prévoyant l'importance qu'allaient prendre les doctrinaires, lié d'amitié avec quelques-uns d'entre eux, et aimant d'ailleurs leur conversation et leur esprit, je fondai chez moi un petit diner du mercredi, où je les réunissais. Les convives étaient Royer-Collard, de Serre, Guizot, Barante, Mounier, et Camille Jordan. La je m'ouvrais à eux souvent avec confiance, je m'efforçais de très bonne foi de tempérer leur humeur et de les rapprocher de Decazes, dont ils s'éloignaient alors et auquel ils m'ont ensuite sacrifié.
« Un redoublement de souffrances m'ayant fait garder la chambre pendant deux jours, je ne pus assister à une séance du Conseil d'Etat où le projet de loi sur le recrutement fut discuté. J'eus le tort de ne pas m'en inquiéter assez et de me laisser absorber par le département qui m'était confié.
« J'avais bien envie de supprimer les intendants de la Marine et de rétablir les préfets maritimes qu'ils avaient remplacés depuis la Restauration, mais revenir
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si promptement à ces derniers par un brusque changement de système eût été un remède pire que le mal ; je me bornai donc à mettre en retraite l'intendant de Brest, protégé par la Cour et dont l'incapacité faisait scandale, et je le remplaçai par M. Redon, intendant de Toulon, auquel je donnai pour successeur M. de Lareinty, intendant de Rochefort, qui lui-même fut remplacé par le commissaire de marine Pouyer. Je crois que les trois intendances de la marine eussent été difficilement placées dans de meilleures mains. J'eus en même temps le plaisir de faire donner la croix de Saint-Louis, en toute justice, au jeune Villaret, lieutenant de vaisseau, fils de l'amiral que j'avais caché chez moi au 18 fructidor.
« Cette opinion, où je suis, que la fixité est le premier des biens que le gouvernement doit procurer, m'empêcha aussi de changer le lieu que l'on avait choisi pour établir le collège de la Marine. Des sollicitations, des protections, des intérêts personnels avaient fait placer cette école à Angoulême au lieu de Lorient, où de vastes bâtiments appartenant autrefois à la compagnie des Indes pouvaient la recevoir, et où les élèves ayant s^ans cesse sous les yeux l'élément où ils doivent passer leur vie, auraient pu se former aux exercices, se façonner aux habitudes de leur état. Mais beaucoup d'argent avait été déjà dépensé, beaucoup d'entreprises, d'établissements particuliers s'étaient formés sous la foi du gouvernement. Je n'hésitai pas, malgré les tentatives et les efforts que l'on fit auprès de moi, à tenir des engagements que ceux qui sont successivement appelés au pouvoir ne respectent pas assez et je ne songeai qu'à améliorer tant le matériel que le personnel du collège d'Angoulème. Le Roi y nomma trente-huit élèves sur ma présentation.