ANNIVERSAIRE DE LOUIS XVIII
OÙ le hasard et les intrigues de Decazes nous donnèrent pourtant la majorité. Le rapporteur Faget de Baure, autrefois membre du Parlement de Paris, puis du Corps législatif sous Napoléon, était tel que nous aurions pu le choisir.
« Pendant que la commission préparait son travail, M. le duc d'Angoulême revint et je m'empressai de mettre dans le Moniteur la liste définitive des officiers de tout grade composant le corps de la marine royale; tous ceux qui ne se trouvaient pas sur cette liste étaient mis en retraite; j'eus soin de ne pas publier leurs noms. M. le duc d'Angoulême me reçut à merveille, et comme s'il ne s'était rien passé entre nous. Il avait hâté son retour pour se trouver à l'anniversaire de la naissance du Roi.
« Louis XVIII entrait dans sa soixante-troisième année; les ministres furent admis immédiatement après sa famille à lui présenter leurs félicitations. Il nous reçut dans ce petit cabinet où il passe toutes ses journées. Après les compliments d'usage, il nous fit dire à chacun notre âge et se complut à remarquer pour la millième fois qu'il n'y avait entre Decazes et moi qu'un ou deux mois de différence. Prenant ensuite un air grave : « Il faut, dit-il, que je prenne l'avis de mon ministère sur un objet aussi secret qu'important: suivez-moi, Messieurs, car la consultalion ne peut se faire que dans la pièce voisine. » Il se lève et passe devant nous dans son salon de famille, où nous apercevons un camélia couvert d'une quantité de fleurs vraiment prodigieuse. « Dites-moi, s'écria le Roi, si vous en avez jamais vu un aussi beau ? » On se doute bien de notre réponse, qui eût peut-être été la même dans tous les cas. Je fus le seul à être un peu surpris de cette espièglerie, mes collègues m'apprirent
DIGRESSION SUR l'aMOUR. 155
que son auteur prenait plaisir à en faire de pareilles dans l'occasion.
« La nécessité où je suis de donner quelque suite à mes récits pourrait faire prendre le change sur la véritable situation de mon àme au temps dont il s'agit. Ce temps fut un des plus malheureux de ma vie. Ma nature est flexible, mais point mobile, elle est diverse quoique unitaire, c'est-à-dire que susceptible de mille goûts différents, fruits de l'impressionnabilité la plus vive, tout vient pourtant se résoudre pour moi, dans un seul et même sentiment, l'amour. Il est tellement le principe ou la loi de mon existence que, comme l'arbre exilé de son sol natal, sans lui mon àme ne
^ produit plus rien.
I « Je voudrais toutefois, pour me faire comprendre, trouver un autre mot que ce mot d'amour, à cause de l'usage que les hommes en ont fait; si le lecteur m'a bien connu, il sait que je ne puis vivre pour mon propre compte, que je ne sais valoir que ce que je peux consacrer, j'ai besoin surtout qu'à toute heure un harmonieux écho me répète, et que pas une pensée profonde ou fugitive, ne s'élève dans mon âme sans qu'une autre àme, une autre intelligence ne s'y attache, ne la suive ou ne l'abandonne de la même ardeur ou du même caprice que moi. L'amour, c'est le bonheur des anges, c'est le concert des sphères de Platon, c'est ce qu'il y a de plus idéal et de plus réel, de plus haut et de plus commode, de plus grave et de plus délicieux.
« Une seule femme me l'avait fait connaître et m'avait intéressé à le définir; rien ne peut se comparer au vide de mon existence, au poids de mes journées, depuis que je l'avais perdue. Le commun des hommes, qui ne soupçonne ni ne pardonne qu'on
ose ne pas lui rassembler, me croyait tout occupé de ce qu'il me voyait faire et livré à l'ambition, parce qu'il est écrit qu'on n'est point ministre, si l'on n'est ambitieux. Au lieu de cela, je menais une vie à laquelle je ne me mêlais pas. Il me semblait que ce fût la vie d'un autre, dont je n'étais que le confident et le conseil. Le véritable moi ne regardait plus la terre que comme un lieu d'exil, où il n'aurait jamais que des tâches à remplir.
« Je savais à n'en pouvoir douter que A... était au desespoir ; Lucas, en revenant de Vichy, me dit qu'elle était venue le trouver, pour se tordre de douleur en sa présence et s'adresser des reproches qui ressemblaient à des remords. Il m'ajouta que sa santé, que son changement lui donnaient, comme médecin, de sérieuses inquiétudes. Il me sondait, je m'en aperçus, et sa tentative m'irrita. Je repoussai cette main étrangère et profane qui osait soulever le voile dont je couvrais mes blessures, et m'indignai de ce que A... ne savait pas renfermer en elle-même le secret de ses torts et de nos malheurs. Huit mois étaient écoulés et plus je l'avais su, plus je la savais malheureuse, plus je sentais qu'il ne nous restait qu'à pleurer le reste de notre vie ce que nous avions été l'un pour l'autre pendant quelques fugitifs instants. Qu'on n'appelle pas implacable ce que j'étais pour elle. En descendant dans mon cœur, je n'y trouvais ni violence, ni ressentiment; mais l'être idéal, la créature céleste, l'ange sur terre que j'avais aimé s'était évanoui comme un songe et, à la place, je ne voyais qu'une faible femme usurper son nom.
« Depuis deux mois que A... était de retour à Paris, elle faisait des visites le matin à M™® Mole, dans l'espérance de m'y rencontrer. Une seule fois, je
n'avais pu l'éviter et après quelques politesses échangées avec un trouble réciproque, je m'étais retiré. Elle m'écrivit plusieurs fois sous divers prétextes. Lia même force irrésistible l'entrainait, n'avait jamais cessé de l'entraîner vers moi. Elle mourait de chagrin et n'osait me le dire. Désespérant d'autant plus qu'elle me connaissait davantage, elle s'accusait d'avoir éteint sans retour cette exaltation ineffable et sans tache oîi je faisais consister l'amour. Devenue timide et tremblante, je la voyais sans cesse s'approcher du but, pour s'arrêter, glacée d'effroi. Enfin, elle se décida à m'écrire pour me redemander son portrait que j'avais toujours gardé; c'était, disait-elle, pour accomplir une promesse faite autrefois à sa belle-mère. Jamais elle n'avait fait encore une allusion aussi directe à notre rupture. Sa lettre semblait écrite du fond de la tombe et en larmes de sang. Je refusai le portrait sans y joindre un mot de reproche, ou de retour vers le passé, mais de l'accent d'un homme pour lequel tout était fini ici-bas.
(( Il n'en fallait pas tant pour lui rendre une lueur d'espoir; si je gardais le portrait, refuse rais-je une entrevue, une dernière entrevue? Elle me la demanda, non chez elle, à cause de sa famille, mais quand il ferait nuit, sur le trottoir de la rue de Rivoli. Il s'éleva alors en moi une terrible lutte ; à la fin la pitié l'emporta, du moins ce fut le seul sentiment que je m'avouasse, le seul auquel je reconnusse que j'avais cédé. Je consentis donc, en fermant les yeux sur les conséquences, mais on était à la fin de décembre et au lieu de la rue de Rivoli, je lui proposai mon cabinet où elle pourrait parvenir le dimanche sans être aperçue de qui que ce fût. Au jour et à l'heure indiqués, elle arriva la tète couverte d'un long voile et
tomba sur le premier siège qui s'offrit, suffoquée par ses sanglots. Je me sentais aussi gagné par les larmes, mes genoux tremblaient sous moi, et sans proférer une parole, je restais appuyé sur ma cheminée, le visage caché dans mes mains. Mon émotion croissait avec la sienne, je fis quelques pas vers elle. <( A... » m'écriai-je. — « Ah ! répondit-elle, en se jetant à genoux, je ne demandais pas tant au ciel! Vous ne devez plus m'appeler ainsi, mais je me meurs et je mérite votre pitié. »
« Le courage me manque pour raconter en détails toute cette scène. On se doute bien que j'interrogeai A... sur le passé, je voulus connaître enfin ce qui l'avait arrachée de mes bras; elle hésita un peu, se recueillit, puis : « Vous allez tout savoir, me ditelle, dussiez-vous me trouver encore plus indigne de vous que vous ne l'aviez cru. » Ici, commence une succession, un enchaînement de fatalités dont on aura un jour l'explication, si je conduis ces mémoires jusqu'à leur terme. Chaque parole de A... y ouvrait une blessure et semblait y verser un nouveau poison, je la conjurai de s'arrêter, mais d'une voix bien plus attendrie qu'irritée. A... me laissait voir plus de passion, d'adoration qu'elle ne m'en avait jamais montré ; au lieu d'un enfant et d'un ange, je trouvais en elle une femme toute entière mûrie et accomplie par la douleur. Hélas ! pourquoi l'arrêter quand elle allait déchirer le voile qui couvrait encore ce passé si fatal, pourquoi l'empêcher de justifier ou du moins d'excuser son extrême jeunesse? Je voulus la ménager, le ciel le sait, je le fis par pitié pour elle, et il se trouva qu'au lieu de l'épargner je l'accablai ; rien dans ce moment ne m'eût coûté pour consoler celle qui avait tant souffert, mais il n'était pas en mon pouvoir de la rendre
ce qu'elle n'était plus. Voilà ce qu'elle ne sut comprendre, et si je commis une grande faute en ne lui laissant pas m'ouvrir son âme, elle en commit une plus grande en acceptant de la puissance du souvenir et de la pitié ce qu'elle n'osait plus demander à l'amour. « Lorsqu'elle fut partie et que je me trouvai vis-à-vis de moi-même, je me sentis plus misérable que je n'avais jamais été ; l'idée que je m'étais faite jusqu'ici de moi me semblait évanouie avec celle de la femme que j'avais tant aimée; je venais de manquer à toute ma nature passionnée, exclusive et exaltée ; je n'avais su ni oublier, ni me souvenir, ni faire jaillir de la justification ou des remords une source nouvelle, ni reconnaître qu'il y a des fautes ou des malheurs après lesquels l'enfer commence, c'est-à-dire après lesquels on n'espère plus. De son côté. A... remporta une impression plus pénible encore. Le lendemain j'en reçus quelques lignes plus abattues, plus désolées que tout ce qu'elle m'avait écrit. L'hiver se passa ainsi ; j'allais rarement dans le monde, mais quand j'y allais, A... se trouvait sur mes pas. Dans une promenade solitaire je la voyais de loin qui cherchait à m'apercevoir sans jamais m'approcher. Quelques occasions de nous retrouver seuls s'offrirent que je ne saisis point; mais au printemps tous ceux qui habitaient l'hôtel de ... ayant été à la campagne, elle resta libre de me recevoir et j'allai de temps en temps y finir mes journées. Pour comprendre toute l'amertume de ces entrevues, il ne faut pas oublier que j'étais encore pour elle tout ce que j'avais été, j'étais plus encore, car ses fautes et ses douleurs lui avaient enseigné tout le prix des biens qui lui étaient échappés et elle ressentait un degré de passion dont l'expérience et le malheur
rendent seuls capables ; mais pour moi elle n'était plus que l'ombre de ma A..., le témoin de mon bonheur passé. Nous nous parlions comme si nous fussions sortis après dix ans du tombeau, ou que nous nous fussions retrouvés au séjour des âmes, là où peutêtre tout est si paisible parce qu'il n'y reste plus rien. Sa santé s'altérait de plus en plus et je la quittais quelquefois le cœur navré de son changement; ses traits si nobles et si purs où naguère se retraçaient tant d'impressions variées, de sentiments divers n'exprimaient plus que la résignation du désespoir. M™** de Broglie, sa meilleure amie, ne put résister une fois à son inquiétude et fut entraînée à m'en parler ; je me suis bien souvent rappelé depuis ses mémorables et prophétiques paroles : « Soit qu'elle vive, soit qu'elle meure, me dit-elle, vous êtes responsable de ce qu'elle deviendra. Il faut avoir vu comme moi ce qu'elle souffre depuis un an pour savoir ce que vous êtes pour elle. Je lui ai peut-être dit autrefois qu'elle était perdue si elle ne vous fuyait pas, je vous dis actuellement qu'elle est perdue si vous l'abandonnez, » Il faut avoir connu M"^^ de Broglie et son angélique pureté pour comprendre toute la portée de ce langage et tout ce qu'il a dû me laisser de repentir.
(( Mais une autre femme n'avait cessé aussi de me regretter et je dois le dire, de m'aimer quoique le dépit, la colère, le vide affreux qui succède à l'amour, l'eussent précipitée dans d'autres engagements. Attentive à suivre le fil de ma destinée, elle crut le moment venu de chercher à me revoir. Dès le mois de décembre, M™" de X... était revenue à Paris ; j'allais quelquefois chez elle, attiré que j'étais par une ancienne habitude et n'osant pour ainsi dire refuser cette faible réparation du mal que je lui avais fait.
D'abord éloigné d'elle par les défauts de son caractère, j'avais fini par l'abandonner pour l'être que j'avais toujours cherché, le seul qui put à jamais me fixer et me suffire. J'évitais avec grand soin de ne pas la trouver entourée, mais bientôt elle m'indiqua d'autres heures et me demanda même avec instance (le me voir sans témoins ; nous l'essayâmes, et ce fut pour elle une si pénible épreuve qu'il fallut y renoncer. Chaque fois que nous étions tête à tête un sujet s'entamait qui faisait tellement couler ses larmes que, dans la crainte d'être surprise, elle me faisait signe de partir et courait se réfugier chez ses enfants. A Dieu ne plaise que A... ignorât ces visites, jamais hélas, je ne l'ai trompée, mais que pouvait-elle craindre de plus que ce qui la faisait souffrir ? Elle savait bien que lamour tel qu'elle me l'avait inspiré lie se ressent pas pour deux créatures ici-bas, elle ne demandait qu'à mourir si je ne pouvais le lui rendre et ne pouvait ni se contrister ni devenir jalouse d'aucun autre sentiment.
« Vers la fin d'avril, elle m'annonça que son mari la pressait de se rendre auprès de lui. Tout en me le disant, elle cherchait avidement dans mes yeux si je ne ferais rien pour la retenir, puis, n'attendant pas ma réponse, elle se hâta de m'exposer toutes les raisons ({u'elle pourrait donner pour ne pas partir et me laissa en décider; je balançai quelque temps, et crus enfin qu'une absence apporterait plus de calme dans son àme ou laisserait dans la mienne un vide qui me ferait la retrouver ensuite avec plus de bonheur ; nous convînmes du moyen d'entretenir une fréquente correspondance et qui nous présentât assez de sûreté pour nous y épancher librement. Parmi les nombreux individus auxquels elle avait fait tant de bien, il y
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avait une M"*^... ' sur laquelle elle croyait pouvoir compter entièrement. Il fut arrêté que nous lui enverrions tous deux nos lettres et qu'elle nous les ferait ensuite parvenir sous une enveloppe dont l'adresse serait de son écriture." Tout élant ainsi réglé entre nous, nous nous dîmes un triste adieu que nos lèvres proférèrent à peine ; rien ne donnera l'idée de la tristesse de ces adieux. A... partait le cœur brisé, humilié ; elle se sentait à vingt-deux ans, réunissant tous les dons que le ciel rassembla jamais dans une femme, elle se voyait recherchée, entourée d'hommages qu'elle ne pouvait assez repousser, et l'homme, le seul homme qu'elle eût aimé, le seul qui pût la rendre heureuse semblait, par sa faute, perdu pour elle sans retour ! Depuis un mois, sa santé devenait à vue d'oeil plus languissante, un malaise indéfinissable ne la quittait pas ; je me séparai d'elle la mort dans le cœur et me trouvant désormais le seul coupable.
« M™® de X... était aussi retournée à la campagne et je restai seul à Paris, enchaîné aux affaires et plongé dans un découragement, un dégoût de l'existence qui ne me laissait encore quelque énergie que pour remplir des devoirs.
<( Je vais conduire ma vie politique jusqu'à ma sortie du ministère et reprendre l'histoire de la session de 1817, où je l'avais laissée. Pendant que la commission chargée d'examiner la loi sur les délits de la presse préparait son travail. Laine portait à la tribune ce Concordat tant attendu, tant décrié d'avance et la loi qui devait lui servir de passeport. Nous avions pris soin d'adjoindre à M. Laine le duc de Richelieu, dont la présence comme commissaire du
i. Supprimé.
Roi était propre à en imposer à la Chambre, Beugnot, . demi-doctrinaire et philosophe voltairien, et Portalis, docteur libre de l'Eglise. M. Laine nous avait lu au conseil son discours qui, comme tout ce qu'il écrit et rédige à loisir, m'avait paru médiocre ; il eut pourtant un grand succès, ce qui s'explique en partie par le prestige de son action oratoire; il produisit même tant d'effet que si l'on eût été aux voix immédiatement après l'avoir entendu, peut-être la loi aurait-elle été adoptée. Mais à peine les harmonieux accents du ministre de l'Intérieur ne charmaient-ils plus les oreilles qu'une opposition formidable se manifesta dans l'assemblée.
« L'article l*"^ avait heurté tous les esprits : il commençait ainsi : « Conformément au Concordat passé entre François I**^ et Léon X, le Roi seul nomme, en vertudu droit inhérent àsacouronne... » Beaucoup de députés ne poussèrent pas plus loin l'examen du projet, ils se crurent ramenés au xv® siècle, et se représentaient déjà la France livrée au gouvernement des prêtres, son sol dépeuplé par les couvents et les vœux, l'instruction de la jeunesse exclusivement confiée aux Jésuites. Enfin, telle est la magie des mots que ce Concordat de François 1"" qui, au fond, ne signifiait rien et auquel on ne s'était reporté qu'en haine de celui de Napoléon, persuada à une nation déjà trop dispo.sée à le croire, que ces princes, ennemis de toute lumière, voulaient la renvoyer dans les ténèbres de la superstition.
« L'article 2 proclamait l'abolition du Concordat de 1801, jouissance réactionnaire, puérile et pour laquelle toute cette négociation avec Rome avait été entreprise ; en correctif on lisait au même article : <( sans néanmoins qu'il soit porté atteinte aux effets qu'il a produits et à l'article XIII de cet acte, lequel
demeure dans toute sa force et vigueur. » On sut peu de gré de ce « néanmoins » qui était de droit puisqu'on ne peut, sans abandonner toute idée d'ordre et de justice, donner aux lois d'effet rétroactif et l'on se demanda s'il n'eût pas été plus simple et plus prudent de s'en tenir à ce Concordat de 1801, sauf à en améliorer quelques dispositions en faveur du clergé et de la religion, à ce Concordat exécuté, approuvé et connu de tous, que d'aller exhumer celui de François I" dont on s'épouvantait d'autant plus qu'on n'en connaissait que la date, laquelle n'était pas, il faut l'avouer, rassurante.
« Sept nouveaux sièges archi-épiscopaux et trentecinq épiscopaux étaient érigés par l'article 3. L'article 4 les dotait sur les fonds assignés par le budget aux traitements ecclésiastiques; enfin, l'article 6 attribuait aux chambres la vérification des brefs et bulles lorsque ces actes entraîneraient quelque modification de la législation existante. Laine, en finissant, déposa sur le bureau le Concordat lui-même, les bulles et la nouvelle circonscription; une multitude de questions se présentaient naturellement sur ces derniers articles. Tous ces nouveaux sièges étaient-ils nécessaires? Un bon nombre parmi eux, n'étaient-ils pas établis bien moins pour la convenance et les besoins des fidèles que par une suite de ce penchant à refaire le passé exactement comme il était et pour accroître le pouvoir et l'existence du clergé? J'avais prévu toutes ces difficultés, je m'étais surtout opposé de toutes mes forces à ce que le Concordat de François I®"" fût cité ou rappelé en rien. Mais le duc de Richelieu se trouvait dans la situation la plus délicate. La Cour de Rome, après avoir refusé longtemps au cabinet des Tuileries de revenir sur le Concordat de
1801, exigeait pour prix de sa complaisance que la nouvelle convention fût adoptée sans aucun changement.
« M. de Richelieu se repentait amèrement d'avoir été si vite et me répétait souvent que si les chambres rejetaient la loi il ne pouvait rester ministre, argument dont l'effet était grand sur les chambres, mais devant lequel pourtant les doctrinaires ne reculaient pas. Lorsque je leur faisais envisager toutes les suites de la retraite de M. de Richelieu, ils me répondaient que pour tout concilier il fallait traîner en longueur et clore la session avant que la discussion sur le Concordat put s'ouvrir.