SITUATION DES PARTIS
avec fureur de toutes les parties de la salle; au terme du règlement la décision du bureau était souveraine et définitive. De Serre eut la faiblesse de consulter la chambre, quise prononça pour l'appel nominal. L'opposition demandait qu'on y procédât sur-le-champ ; les ministériels, dont les rangs s'étaient dégarnis, insistaient pour qu'on remit au lendemain. L'opposition l'emporta, mais le résultat du scrutin ayant prouvé qu'on n'était pas en nombre suffisant, il fallut bien ajourner. Dans la soirée, Decazes fit avertir tous nos députés de se rendre exactement à la séance suivante ; malgré tous ses efforts l'amendement de Beugnot fut adopté.
C'était sur l'article 12 que Royer-Collard et Laine s'étaient promis de se reprendre. En effet, à propos de cet article, Royer rentra dans la discussion générale et développa de nouveau sa théorie du jury. La palme fut à son adversaire qui, le suivant dans tous ses raisonnements tant sur le jury que sur les limites du droit qu'a la chambre d'amender les lois, prononça ce jour-là un de ses plus éloquents discours. L'article 12 fut adopté et l'ensemble de la loi réunit 122 suffrages contre 111,
« Les deux armées s'attribuèrent la victoire ; les ministres disant qu'ils ne s'étaient pas flattés que leur loi passât sans amendement, les doctrinaires se vantant d'en avoir bouleversé le système et s'enorgueillissant surtout d'avoir donné aux ministres de dures leçons. Il est certain que la faible majorité de 11 voix que nous avions obtenue était propre à enfler leurs prétentions et leurs espérances. Le résultat le plus clair de cette discussion fut de les avoir rendus irréconciliables avec le ministère et surtout avec Laine qui leur devenait d'autant plus odieux que, seul d'entre nous, il avait eu constamment sur eux l'avantage.
« Pendant que tout ceci se passait, Corvetto avait, comme je l'ai dit, présenté le budget. Il proposait la continuation de tous les impôts, la création de 16 millions de rente avec lesquels la France devait payer sa rançon aux étrangers. Du reste, le Domaine extraordinaire dont l'existence était une contravention à la Charte et dont les revenus se distribuaient en grande partie à la Cour, le Domaine extraordinaire rendu à sa véritable destination devait servir à indemniser les donataires dépossédés et se confondre ensuite avec le Domaine de l'Etat. On peut se rappeler combien dans mes notes adressées à M. de Richelieu et dans mes entretiens avec lui, j'avais insisté sur ce retour à la Charte et aux premiers engagements de la Restauration. Je m'étais d'ailleurs peu mêlé du budget excepté en ce qui concernait le département de la Marine. J'avoue que je n'avais pas l'idée de l'importance dé ce département avant qu'il me fut confié et par conséquent des fonds qu'il était juste de lui assigner. Lorsque je présentai au conseil l'état de ses besoins et le tableau des services qu'il pouvait rendre, je ne fus compris et je dirais même écouté avec patience que de M, Laine. Tous les autres, avec une légèreté incroyable, écartèrent mes réclamations sans examen et malgré les immenses réformes et réductions que j'avais faites tant dans le personnel de mes bureaux que dans celui de l'administration des ports et des officiers de vaisseaux, refusèrent les augmentations si modiques et si indispensables que je demandais pour le matériel des ports, nos armements, ou nos colonies. Mais qui m'étonna, ce fut Gouvion, .dont je ne connaissais pas bien encore le caractèra ; ce même (rouvion, qui au moment où il quitta la Marine, se disposait à faire des demandes de fonds bien supé-