‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 89 sur 204 · III · texte numérisé non relu

III

rieures aux miennes, sortit de son apathie habituelle pour combattre toutes mes propositions avec un acharnement, une àcreté, qui me confondirent.

(( On était à la fin de décembre et l'on ne pouvait raisonnablement espérer que le budget fût adopté par les deux chambres avant le mois d'avril ; il fallut donc encore leur demander six douzièmes provisoires, qu'elles accordèrent sans difficulté.

<( La loi en un article sur les journaux avait déjà été portée aux pairs qui l'avaient renvoyée à une commission composée de Dessolle, Lally, Marbois, Abrial et Lamoignon. Lally fut rapporteur. Après avoir représenté la liberté de la presse et des journaux comme le premier besoin des hommes réunis en société, après avoir établi en principe l'erreur peiit-être la plus dangereuse, savoir qu'il est un genre de vérités qui ne peuvent arriver au Trône et aux ministres que par les journaux, Lally conclut pourtant à l'adoption pure et simple. Son rapport fut un tissu curieux de contradictions, d'éloges ampoulés de la liberté, des journaux, des ministres, enlin comme dans tous ses discours, il y faisait également sa cour à l'opinion et au pouvoir.

« On touchait au premier janvier, c'est-à-dire au moment oii expirait la loi de l'année précédente. La discussion s'ouvrit donc sur-le-champ et ne dura que deux séances. Gomme dans l'autre chambre, les opinions extrêmes se réunirent pour combattre la loi. Chateaubriand, de Broglie, champions infatigables de la liberté de la presse, employèrent les mêmes arguments et montrèrent la même aigreur contre le ministère. Je parlai donc dans la seconde séance et, laissant de côté la question théorique si rebattue, je ne traitai que celle de gouvernement. Le fait est que

pas un homme de bonne foi, ayant voté pour la censure l'année précédente, ne pouvait la refuser cette année. C'est ce que je m'attachai à faire ressortir, on. trouvera à la fin de mes mémoires ce discours, l'un de ceux que j'ai prononcé avec le plus de succès \ Les luttes de cette espèce à la chambre des pairs n'avaient guère jusque là plus d'intérêt qu'une partie de jeu et qu'on ferait en sachant parfaitement de quel côté sera le gain. Notre majorité ministérielle y était imperturbable. Tous les incidents et amendements ayant été écartés par la question préalable, la censure des journaux nous fut encore donnée pour un an à la majorité de 103 contre 52.

« L'attention que je donnais aux affaires générales ne nuisait en rien à celle que je réservais aux affaires de mon département. D'ailleurs je ne me faisais plus aucune illusion sur ma position. Je sentais toute la faute que j'avais faite en entrant au ministère et j'apprenais à mes dépens qu'il ne faut jamais accepter dans les affaires une position qui ne permette pas de répondre à l'attente du public et de donner sa véritable mesure. Déjà je ne cherchais qu'une porte pour me retirer avec honneur, seulement je mettais du prix à laisser de moi à la Marine la même idée que j'en avais laissée ailleurs.

« L'administration des vivres y formait, comme je l'ai dit, un bureau séparé dont le chef, appelé M. Lacroix, travaillait avec le ministre. Après de longues conférences où je consultai tous les hommes expérimentés dans celte partie, je donnai à M. Lacroix sa retraite; je supprimai son bureau et je le remplaçai par un administrateur général. Il serait fastidieux

i. Voir appendice, p. 399.

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