‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 9 sur 204 · DÉPART POUR VANNES · texte numérisé non relu

DÉPART POUR VANNES

le Roi. Decazes ne pardonnait pas qu'on eût rien de caché pour lui, et il me faisait subir une sorte d'épreuve en m'offrant, par la lecture inattendue de cette lettre, une occasion de me confier à lui ; au lieu de cela, je la lui rendis en haussant les épaules, sans rien ajouter que ces simples mots : quelle infamie! Alors il me parla des affaires générales et au bout d'un quart d'heure, nous nous séparâmes sachant bien tous les deux ce que nous devions penser de notre entretien.

« J'avais fixé mon départ pour Vannes au 3 juin; en effet, je me mis en route; mais à peine étais-je à Nonancourt qu'une crise de souffrances me prit; j'en profitai pour rebrousser chemin et revenir à Paris; l'état de ma santé me rendait tout voyage pénible et difficile et puis, le dirai-je? tout en n'espérant plus, ne désirant même plus recevoir des nouvelles de M"^ de XX... il m'en coûtait encore de mettre une si grande distance entre elle et moi; tout ce qui s'était passé me paraissait si incompréhensible, je la savais si mobile, si passionnée, qu'un retour soudain de sa part ne me paraissait pas impossible et, sans me l'avouer, je voulais être là.

« Mon retour subit fit du bruit; les uns me crurent bien malade, les autres n'y virent que de la bizarrerie. Pasquier et, après lui, Pozzo accoururent pour me voir; le second employait alors son infatigable activité à nous délivrer des armées étrangères; non seulement il se conformait en cela aux désirs et aux intentions de son maître, mais il mettait le dernier prix à rendre à la France un service important, populaire, qui pût lui mériter la brillante existence qu'il voulait obtenir un jour parmi nous; il me parut de plus en plus content des dispositions de Wellington et des

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