‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 91 sur 204 · REPONSE DE LOUIS XVIII · texte numérisé non relu

REPONSE DE LOUIS XVIII

partis brusques, espérant d'ailleurs que quelques mois de réflexion apaiseraient la chaleur des esprits, j'étais résolu à rappeler la même chambre, sauf à prendre un parti dans le cours de la session suivante. Mais trop instruit par des avis qui n'étaient pas suspects, car ils m'étaient donnés par des gens portés plutôt pour, que contre la majorité, trop instruit, dis-je, que mes espérances étaient vaines, je me déterminai à rendre cette ordonnance qui, je le dirais devant le trône de Dieu, me mit hors de pages.

« Le grief de persécution contre les Royalistes est injuste; sans doute, il y a eu des déplacements et des destitutions; mais pour les blâmer, il faut recourir à la pétition de principe et dire : le système que suit le ministère est faux, donc tous ses actes sont des injustices. Or, je dis que, même en accordant le principe, ce que je suis loin de faire, je nierais encore la conséquence. En effet, un gouvernement peut se comparer à une vaste machine, dont les ministres sont le ressort, et les autorités subalternes les rouages. Si l'un de ses rouages contrarie, ou même arrête le mouvement imprimé par le ressort, il est clair que la machine ne peut aller et qu'il faut changer ce rouage; c'est précisément ce qui est arrivé, et le contraire serait une inconséquence. Je conviendrai très volontiers que la plupart de ceux sur qui cette indispensable mesure est tombée sont des hommes fidèles et dévoués; la mesure m'en a été plus pénible et voilà tout; car dire qu'ils ont été destitués pour cause de royalisme serait une injustice criante, et dont la preuve est dans le choix de leurs successeurs, qui sont tous aussi bons Royalistes que ceux qu'ils ont remplacés.

u La loi d'élection eut été meilleure, si, par le faux principe qu'il faut rendre pire ce qu'on croit mauvais, la minorité de l'année passée, caressant dès lors le système des indépendants, n'eût fait passer un article qui paralyse l'action du gouvernement. Malgré cela, les élections de cette année ont-elles été si mauvaises? La revue de la chambre, lorsque M. Ravez a été nommé vice-président, a offert dix-sept jacobins et douze doctrinaires. De ces vingt-neuf individus plusieurs siégeaient même dans la chambre de 1813, et je ne crois pas qu'il puisse exister de loi qui eût empêché M. Laffîtte d'être élu à Paris, MM. de Chauvelin, Hernoux et Gaumartin à Dijon, ni M. d'Argenson à Colmar; ce sont de ces maux inévitables, tels que sir Francis Burdett et Lord Cochrane à Londres. Mais accuser le gouvernement d'avoir fait la loi tout exprès pour avoir de pareils choix, c'est "une injustice dont heureusement je puis offrir la preuve dans ce qui s'est passé à Lyon. Nous ne voulions pas des députés de 1816, qui avaient été dans la minorité; instruits que nos candidats ne passeraient point, et qu'il fallait opter entre les anciens et des gens suspects, une dépèche télégraphique porta sur-le-champ à notre troupe l'ordre de se rallier aux premiers, et c'est ainsi qu'ils ont été élus. La loi renferme sans doute des défauts : c'est le sort de toute institution humaine; mais la manière dont on y remédiera fera voir la pureté du ministère.

« Quant à la loi sur le recrutement, je ne m'arrêterai ni à l'appel forcé, mesure démontrée trop nécessaire, ni aux vétérans, article sur lequel, en mon àme et conscience, je regarde chimériques les craintes qu'il inspire, ni au recrutement de la Garde royale et autres corps d'élite. Je me hâte d'arriver à l'avan-

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cernent. Il est passé, ce temps, où, sans s'arrêter aux exemples des Fabert, des Catinat et des Chevert, le soldat bornait son ambition à la hallebarde. Aujourd'hui, dès le jour où il prend le mousquet, il voit devant lui les bâtons, les habits brodés, les épaulettes, les plaques, etc., et il a pour lui des lois existantes. Ne rien statuer du tout, ce serait s'exposer à les entendre invoquer d'une manière embarrassante. Les abroger purement et simplement, l'entreprise serait hasardeuse et quel qu'en fût le succès, elle mécontenterait le soldat dont il faut être le maître sans doute, mais qu'il faut aussi s'attacher. Restait-il donc d'autre parti à prendre, que de faire une loi qui ne replace pas, il est vrai, la prérogative royale au point où elle était en 1789, mais qui lui rend la plus grande partie des avantages dont elle était privée depuis 1791. Vous ne pouvez blâmer la mesure du désarmement général, la sagesse en est démontrée; et quant au fait que vous me citez relativement au département de l'Isère, je l'ai éclairci : il n'y a pas eu un seul fusil de munition rendu, mais environ cinq mille fusils de chasse ou de luxe à des gens bien famés, et auxquels les lois accordent le port d'armes. t

« Après avoir ainsi justifié, autant que mes faibles moyens me l'ont permis, et le système, et les actes, et les principes de mon gouvernement, je ne vous surprendrai pas en vous disant que je ne veux changer ni de système, ni de ministres, et que je suis au contraire résolu à prouver d'une manière éclatante que je veux les soutenir. Je dois ajouter que vous êtes dans l'erreur si vous croyez qu'il en existe, parmi eux, qui soient plutôt entraînés que guidés par leurs propres sentiments dans la route qu'ils suivent. Il n'existe aucune diversité d'opinion dans mon conseil. Ni les

ministres' désignés dans votre lettre, ni celui en faveur duquel vous m'avez parlé, dans la conversation, de faire une exception ^ ni aucun des autres n'entreraient dans une administration qui suivrait d'autres errements.

« La tâche qu'il me reste à remplir est bien pénible ; mais mon devoir est de l'entreprendre, et si je réussis, je serai trop payé de ce qu'il m'en aura coûté.

« Vous m'avez annoncé que si vous ne parveniez pas à me persuader, vous feriez publiquement connaître votre façon de penser, et, ce qui malheureusement en serait la suite inévitable, que vous cesseriez de me voir. Aux représentations que je vous ai faites, vous avez opposé l'exemple du mémoire que vous fites imprimer à la fin de 1788 ; enfin, vous m'avez déclaré que vous regardiez cette conduite comme un devoir. Le mien, en ce moment, est de vous éclairer sur l'erreur dans laquelle vous êtes, et de vous faire envisager les funestes conséquences qu'elle peut avoir.

« Pour commencer par le mémoire de 1188, je vous l'ai dit et je vous le répète, cet exemple ne prouve rien. Par un arrêt du conseil du mois de juillet précédent, le Roi avait invité tout le monde à faire publiquement connaître son opinion sur la future composition des Etats généraux. L'assemblée des notables avait été convoquée dans cette intention ; sa clôture eut lieu le 12 décembre, le 14 vous présentâtes votre mémoire au Roi, il fut public le 13, et l'arrêté du conseil, qui décida la question, ne fut pris que le 2". Vous étiez donc, ainsi que les autres Princes signataires du mémoire, parfaitement libre.s de le faire con-

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