GRÂCES
dans la nation comme parmi ses représentants, ce ne sont point les faveurs ni une caste qui la donnent ou qui la conservent; il faut s'y appuyer d^ toute nécessité sur les intérêts, sur les masses, et, par conséquent, sur la justice et la liberté. Si les ministres suivent une autre marche, s'ils ne donnent même l'idée suffisante de leur habileté, le pays cherche bientôt d'autres administrateurs de la chose publique et la force des choses les indique.
« C'est le sentiment confus de cette position qui précipite sans mesure un esprit médiocre tel que Decazes dans les routes battues de la popularité. Après avoir commis tant de fautes l'année précédente dans les mouvements de Lyon, il crut se réconcilier avec l'opinion publique en faisant signer au Roi la grâce entière de trente-neuf condamnés par la Cour prévôtale et la commutation de la peine pour trente-cinq. Cela avait été concerté entre lui et le garde des Sceaux. A peine en dirent-ils un mot au conseil et le Roi souscrivit l'ordonnance sans réflexion comme sans examen. Cette circonstance rappela à ma mémoire ces conseils privés si solennels où je faisais à Napoléon mes rapports sur les recours en -grâce. Les affaires y étaient exposées avec détails par un auditeur ou maître des requêtes.- Le grand juge motivait ses propositions ; le dossier était mis à la disposition de chaque membre du conseil toujours composé des principaux magistrats, des grands officiers de la Légion d'Honneur et du Sénat. Enfin, l'Empereur prenait les voix sur chaque condamné et ne prononçait qu'après avoir épuisé tous les moyens d'éclairer la. religion du conseil et la sienne.
« Ce même besoin de popularité suggéra dans le même temps à Pasquier une idée aussi niaise que contraire à tous les principes : il fit rendre une ordon-