WATERLOO
Ses paquets étaient faits', sa voiture chargée, et il devait partir à cinq heures du matin; il quittait à regret « cette douce retraite du Marais », et s'éloignait avec peine du théâtre des événements pour suivre les conseils de ses amis, lorsque la veille de son départ, le 19 juin à 10 heures du soir, un billet d'une main inconnue lui apprit que Napoléon était à Paris et son armée détruite. « On parle, ajoutait le billet, d'empoisonnement, de mort, le peuple est dans l'attente et dans la consternation, mais il se tait. » Ces nouvelles venaient d'un voisin qui les lui adressait par un paysan.
Aussitôt il envoie chercher des chevaux de poste,, qu'on attelle à la calèche de Pasquier; il y monte ave,c lui et Barante, et à cinq heures du matin il arrive à Paris.
(( Gomment peindre ce que j'éprouvai, écrit-il, en voyant le calme et le silence qui régnaient dans le.s rues, ce pavillon tricolore flottant encore sur les Tuileries, enfin ce Palais de l'Elysée où veillait cette vieille garde, et où se réfugiaient honteusement tant de gloires flétries, de grandeurs éclipsées ! Nous arrivions si troublés et si émus, que nous avions peine à concevoir la tranquillité et le profond repos qui nous environnaient. Chez moi, tout le nïonde dormait si bien, que je réveillai tout le quartier et faillis enfoncer ma porte avant de me faire entendre.
(( Je cours chez mon beau-frère et chea Germain,, que je trouvai au lit, et qui me racontèrent ce qui s'était passé. « L'armée, me dirent-ils, est tellement désorganisée que rien ne peut arrêter ou même retirder la marche des alliés. Bonaparte ne pense nulle-