‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 118 sur 203 · NAPOLÉON A L ELYSÉE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A L ELYSÉE

Autour de l'Elysée, des Chambres et sur les quais, on voyait des groupes hideux où des orateurs populaires déclamaient contre la noblesse et les Bourbons J'aimais à me mêler parmi ces groupes, et j'y portais le souvenir des groupes et des orateurs de 1793 ; toutes ces scènes se ressemblent, c'est toujours le même langage adressé aux mêmes passions. Je ne m'étonne plus aujourd'hui, si en lisant autrefois l'histoire de la révolution d'Angleterre j'ai cru souvent lire l'histoire de la nôtre.

(( Je rentrais ordinairement le soir par les Champs- Elysées et l'avenue de Marigny. En 'suivant les murs du jardin de l'Hilysée, mon cœur se serrait, je le confesse, ou plutôt je m'en vante, en pensant à ce qui devait se passer dans l'àme de celui que renfermait ce palais. Depuis qu'il était revenu en usurpateur dans sa patrie, tramant à sa suite toutes les passions qu'il avait autrefois enchaînées, tous les maux qu'il avait guéris, il n'y a rien que je n'eusse fait' je le déclare, pour en débarrasser la France. Mais, tout en le combattant, tout en détestant son retour, je ne pouvais le haïr. Je n'en avais reçu aucun bienfait, mais tant de témoignages de confiance et d'estime I D'ailleurs, comme on l'a vu dans ce mémoire, tout en le jugeant, je l'avais admiré, et je ne sais plus haïr ce que j'ai admiré une fois. Assez d'autres, sans moi, ont prouvé qu'ils avaient cette faculté et ce courage.

« Toujours intrépide, quoique toujours attaché à la vie, il se promenait quelquefois dans les rues sans garde, et se laissait entourer par la foule. Sa présence excitait de vives acclamations. Fouché craignait beaucoup ces sortes d'apparitions et l'émotion qu'elles procuraient, et lui enjoignit impérieusement d'y mettre fin. Qu'on juge de ce que devait éprouver ce maître

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