Chapitre XIV, 1^* partie
iée peut-être quelque exagération dans ses principes et dans ses écrits. Il y a là une belle leçon pour l'orgueil. L'exagération qui d'ordinaire vient de faiblesse, naît chez lui de son extraordinaire force. Il faiblit sous sa pensée : ses yeux voient de si près la vérité qu'il s'éblouit, et voilà qu'on retrouve l'homme. »
Pourtant l'ouvrage de Pascal lui parait aussi dangereux qu'admirable. Sa morale doit « entrainer les lêlos fortes qui entraînent les autres », mais, dit M. Mole, <( l'homme sans sortir de sa nature ne peut demeurer si longtemps si haut, et dans cet état, s'il tombe, qui peut dire où il s'arrêtera dans sa chute? ».
A part ces quelques influences, M. Mole est lui-même dans tout ce qu'il écrit. Il a tiré sa philosophie de ses propres pensées et de son propre raisonnement, au spectacle d'une société désaxée. Il est d'une époque désabusée. « Le genre humain parait blasé », dit-il, « les générations qui naissent, désenchantées par l'expérience de celles qui les ont précédées, considèrent froidement leur carrière. Et moi qu'on doit accuser ici de présomption, j'appartiens à l'une de ces générations tardives, et je n'ai pas échappé au malheur commun. Du moins je déplore ma misère et je n'ose en parler qu'en tremblant. »
La seconde partie des Essais, de la Société, débute par une supposition où se fait sentir l'influence de Jean-Jacques Rousseau. La société primitive étant devenue trop nombreuse, on s'assembla et l'on <( convint », de là seraient sorties les premières lois humaines, conformes, dans leur simplicité primitive, à la nature de l'homme. L'auteur en tire les principes de la société humaine et du gouvernement.
Pendant qu'il méditait la partie politique de ses Essais, M. Mole voulut visiter l'Angleterre dont il était alors
de mode de considérer la constitution comme le modèle vers lequel devaient tendre nos institutions. Il y alla au mois d'avril 1801 et y séjourna six mois. Pour tous ceux qui ne voulaient ni du nivellement révolutionnaire, ni du despotisme naissant, l'Angleterre présentait le spectacle d'un pays solidement organisé, grâce à une hiérarchie sociale bien définie dans le cadre d'institutions libérales. M. Mole voulut s'en rendre compte sur place.
Deux chapitres ' des Essais sont consacrés à un gouvernement qui n'est pas naturel dans une société naturellement constituée. Cette société et ce gouvernement sont la société et le gouvernement anglais, gouvernement que l'auteur considère comme factice et dangereux. M. Mole admire dans la société la puissance des traditions et la dignité des mœurs privées, mais dans le gouvernement, où l'exécutif est tout entier aux mains du Parlement et où le souverain n'a conservé aucun droit ni aucune initiative, il voit les principes de dissolution de cette organisation politique dont l'aristocratie était le fondement. Il attribue ce qu'il y a de bon chez les Anglais aux mœurs de l'époque qui précéda la révolution de 1686, et ce qu'il y a de défectueux à la constitution qui la suivit. Dans l'Esprit des Lois, parlant de l'Angleterre, Montesquieu relève aussi les mêmes inconvénients que M. Mole, mais alors que le premier les considère comme des conséquences nécessaires et nullement funestes, le second les regarde au contraire comme un danger.
Le dernier chapitre des Essais renferme des considérations sur le génie des peuples et sur le but de la société, qui est le bonheur, bonheur auquel elle ne