‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 121 sur 203 · LA CHAMBRE DES REPRESENTANTS · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DES REPRESENTANTS

rets aux doctrines, il avait séduit toutes les consciences, sans convertir ni satisfaire un seul esprit. Du moment où on cessa de le craindre et d'espérer une part dans ses immenses bienfaits, les opinions reparurent et le siècle en quelque sorte reprit son cours ; on ne voulait plus d'une constitution toute faite, délibérée entre un souverain et ses ministres ; on en voulait une, prise à la source, dans le consentement des peuples et conformément à leurs vœux et à leurs lumières. Ce qu'il y a de singulier, c'est que Bonaparte fît en 1815, la même faute que le Roi en 1814. En politique, il n'y a rien de pire que d'adopter des principes sans en tirer les conséquences. Tôt ou tard, on vous les oppose, et, dans un temps aussi éclairé que le nôtre, les gouvernements périssent, quand les peuples cessent de croire à leur bonne foi.

« La nouvelle de Waterloo et du retour de Bonaparte avait répandu dans la Chambre un effroi dont elle ne tarda pas à se remettre. Son premier mouvement fut de songer à se défendre contre Bonaparte lui-même, à qui son frère Lucien et quelques courtisans conseillaient de la dissoudre. Elle se mit en permanence, et déclara coupable de haute trahison quiconque attenterait à son existence. Enfin le 23 juin, après bien des hésitations, Bonaparte écrivit aux Chambres qu'il abdiquait en faveur de son fils, et leur demandait d'organiser sur-le-champ la Régence.

« Aussitôt trois partis se formèrent. Le plus nombreux et, sans les étrangers, le plus fort, voulait en effet pour roi Napoléon IL Un autre voulait le duc d'Orléans ou le prince d'Orange ; le plus faible et le plus timide aurait voulu rappeler le Roi.

« On retrouve cette division dans tous les débats de la Chambre, où les trois partis ne manquèrent jamais

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