‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 123 sur 203 · LA COMMISSION DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LA COMMISSION DU GOUVERNEMENT

de courage sans caractère, eût cédé tout en croyant • qu'il résistait, et nous avions la sottise de penser que l'expérience avait instruit Lafayette. Mais les bonapartistes l'emportèrent, et choisirent Carnot, Fouché, Caulaincourt, Grenier et Quinette, c'est-à-dire trois meurtriers de Louis XVI et celui présumé du duc ■d'Enghien.

« J'étais chez Fouché, avec Royer-Collard que je lui présentais, lorsqu'on lui apprit qu'il venait d'être élu avec Carnot. Son étonnement fut extrême. Carnot était le collègue qu'il redoutait le plus, et qui pouvait le plus contrarier ses projets. Rien ne peut se comparer à la légèreté, à l'inconséquence, je dirai presque la frivolité, avec laquelle il gouvernait ces grands intérêts. Ses amis les plus dévoués lui reprochèrent devant moi d'avoir tenu ce jour-là dans ses mains, et sans en profiter, le destin de la France; il pouvait, en effet, diriger le choix des Chambres, et composer à son gré la Commission du gouvernement. Au lieu de cela, il se fia dédaigneusement à son crédit, et crut qu'il lui suffisait d'avoir laissé deviner ses désirs. Néanmoins, de beaucoup le plus habile, il se trouva dominer dans la Commission du gouvernement. On en peut juger par le choix des plénipotentiaires envoyés aux souverains pour traiter de la Paix, et au duc de Wellington pour obtenir un armistice.

« Les premiers furent Lafayette, Sébastiani, d'Argenson, Laforest ; les seconds Andréossy, Boissy d'Anglas, Valence, Flaugergues et la Besnadière. On n'y voyait pas un partisan du Roi ; en tout, pas un homme qui ne fût dans la disposition de défendre le terrain pied à pied, c'est-à-dire de demander aux souverains étrangers, d'abord le roi de Rome ; s'il ne pouvait i'obtenir, un prince étranger, puis le duc d'Orléans,

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