SÉANCE DU COIVSEIL MUNICIPAL
saient les yeux ; tous les autres les portaient sur moi avec fureur. Richard-Lenoir, riche manufacturier du Faubourg Saint-Marceau, et le Santerre de cette époque, dit entre ses dents, qu'il fallait me répondre en me jetant par la fenêtre. Les doux noms de perfide et de traître circulaient autour de moi : Bondy soutint alors mollement ma démarche, mais défendit ma personne, et je suis quelquefois tenté de croire qu'il la sauva. Il était fort aimé des bonapartistes, qui ne pouvaient élever un doute sur sa bonne foi.
« En pareil cas, rien n'est si dangereux que de céder trop tôt le terrain et de précipiter sa retraite. Je restai donc à causer familièrement avec les plus enragés. J'eus l'air d'entrer dans leurs raisons, je leur déduisais tout en douceur les miennes, mais je ne les ébranlai pas. Mais je m'attachais à Richard-Lenoir en particulier.
(( Dans le moment où il proposait à voix basse de me faire arrêter : « Mon voisin, luidis-je, ya-t-il longtemps que vous n'êtes passé devant Champlàtreux. Gomment vont vos manufactures de Chantilly.'^ » Richard, qui ne se doutait pas que je le connusse, sourit à cette apostrophe; il se met à me parler de mon cliàteau, il attaque les changements que j'ai faits à l'arrivée qui y conduit; je les défends, je lui riposte en louant le bien qu'il fait autour de moi : le voilà qui s'épanouit peu à peu et finit par confier son secret.
<( — Comment voulez-vous, me dit-il, que je ne préfère pas l'Empereur au Roi .^ En 1813, il m'empêcha de faire banqueroute en me faisant prêter cinq cent mille francs et le Roi a falli me ruiner par le droit qu'il -mit sur les cotons en 1814. »
(( Cette anecdote est curieuse. Le secret de Richard est celui de la plupart des hommes. Ce Richard était