M. MOLE A SAINT-CLOUD
par laisser aller, pour confident un brouillon bavarii et indiscret tel que Valetice. Peut-être eut-il un motif secret, celui de le rendre témoin de ses efforts pour défendre les vaincus.
(( Nous cheminâmes longtemps à travers les lignes prussiennes. A chaque instant, il fallait s'arrêter et décliner son nom. Valence, qui sortait de bien diner, était en verve et ne cessait de déclamer contre les Bourbons. Fouché ne le contredisait pas et ne répondait que ce qu'il fallait pour lui donner lieu de poursuivre. Le secrétaire Fabry, stylé par son maître, n« parlait que de patrie, d'institutions, de liberté. Le langage de Valence me prouva que son parti n'espérait aucune composition favorable et croyait n'avoir plus rien à ménager.
« Le jour tombait quand nous arrivâmes à Saint- Cloud. Le duc d'Otrante se fit annoncer pompeusement « le Président du gouvernement français », ce qui produisit peu d'effet sur les officiers prussiens ; ils nous regardèrent d'un air curieux et un peu moqueur. Nous traversâmes les appartements de l'Impératrice Marie-Louise; sa chambre à coucher et son lit de gaze parsemée d'abeilles étaient occupés par le vieux Bliicher. Arrivés là, on nous ferme la porte, en nous disant qu'il venait de s'endormir. Son chef d'étatmajor Gneisnau nous reçut dans un riche boudoir^ debout à côté d'une table sur laquelle il y avait du pain, du vin et un morceau de fromage. Il ne proposa pas à Fouché de s'asseoir, et répondit froidement à ses compliments. Nous nous retirâmes promptement et nous dirigeâmes vers Neuilly, où une scène autrement importante et variée allait s'ouvrir.
« Wellington habitait la jolie maison de Murât. Au lieu du fracas et du luxe qui environnaient le général