‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 148 sur 203 · FOUCHÉ · texte numérisé non relu

FOUCHÉ

d'une grande habileté, mais encore les services qu'il avait rendus au Roi en 1814, au congrès de Vienne en 1815. Fouché passait bien aussi pour très habile, mais quels étaient ces services? et il n'avait pour le soutenir ni sa naissance, ni sa famille. Ceux-là mêmes qui le portaient au ministère se désolaient d'en être réduits à une nécessité aussi déplorable. Cependant il avait su se rendre nécessaire aux deux partis. Les royalistes craignaient d'être massacrés s'il ne veillait pas sur leurs ennemis; les révolutionnaires lui demandaient de les défendre des progrès de la réaction. Ce qui n'empêchait pas les premiers de le regarder comme un scélérat digne des derniers supplices, elles seconds comme un traître dont ils feraient justice, le jour où ils pourraient s'en passer.

« Si Talleyrand est le plus révolutionnaire des hommes comme il faut, Fouché est le plus comme il faut des révolutionnaires. Une grande aisance, et une certaine hauteur dans le commandement, une familiarité qui ne va jamais jusqu'à se faire craindre, une légèreté, une étourderie qu'il porte dans les affaires et même dans le crime, le feraient prendre pour un grand seigneur, si l'on ne trouvait aussi en lui des habitudes bourgeoises, une gaieté sans délicatesse, et surtout l'absence de ce tact, de ce sentiment des convenances, que les gens de condition trouvent dans leur berceau.

« Toute sa personne témoigne des passions qui ont agité sa vie ; sa taille est haute, ses membres grêles, sa fibre sèche, ses mouvements très prompts, sa physionomie ardente, ses traits fins, ses yeux éraillés et perçants, ses cheveux ceux d'un albinos; je ne sais quoi de féroce, d'élégant et d'agile le fait ressembler à une panthère.

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« Lorsqu'on le voit de plus près, on s'e'tonne pour-» tant qu'il ait pu être cruel. Bon mari, père très tendre, bon ami, surtout bon camarade, ni vindicatif, ni haineux, on ne sait comment expliquer les excès qui ont souillé sa carrière. 11 est vrai que son âme est bouillante," ses premiers mouvements impétueux et violents, son imagination active et mobile, mais s'il n'y a pas de mauvaises actions qu'il ne puisse commettre, il peut aussi en faire -de bonnes, et même y trouver de la satisfaction.

(( Sa vie se divise en deux parties ; dans la première, il eut pour but de se faire jour et de parvenir, dans la seconde de se faire pardonner et de se maintenir. Comme homme d'Elat, son égoïsme a toujours borné son horizon ; ne travaillant que pour lui, son regard ne plonge pas assez dans l'avenir; toujours prêt h composer avec tout ce qui le menace, depuis longtemps, il ne demande à la fortune que de lui conserver ce qu'il en a reçu. C'est ainsi que sous Louis XVIII, il aspirait au ministère comme au seul moyen d'échapper à l'exil et à la proscription. Du reste indiscret, paresseux, babillard et menteur, incapable de concevoir un plan, plus incapable encore de l'exécuter, ayant bien plus de décision que de courage, de jactance que d'audace, il faut le mettre en première ligne parmi ceux qui feront dire de notre siècle que les hommes y furent fort audessous des événements et qu'ils ont toujours plus exécuté qu'entrepris.

« Après Fouché, venait dans le ministère par ordre d'importance, Louis, d'abord prêtre et conseiller au parlement, puis émigré, conseiller d'Etat sous Napoléon, et ministre des Finances au retour du Roi. M. de Talleyrandet l'abbé de Montesquieu portaient aux nues ses talents en finance. Il avait habité longtemps l'Angle-

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