‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 155 sur 203 · DIFFICULTÉS DU MINISTÈRE. 2W · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DU MINISTÈRE. 2W

plus cruels pour l'avenir. Les alliés, oubliant leur» promesses, devenaient chaque jour plus menaçants; tout en répétant qu'ils ne se mêleraient point de nos affaires, ils prétendaient régler jusqu'au moindre détail de notre intérieur. Les journaux anglais demandaient à grands cris le partage de la France, et l'empereur Alexandre lui-même, tout près de le croire nécessaire au repos de l'Europe, s'en occupait sérieusement. Ce n'était pas dans son propre caractère que M. de Talleyrand pouvait trouver la constance et la dignité nécessaires pour lutter dans de pareilles circonstances et en triompher. Aussi le vit-on subir le joug dans toute son étendue, et n'oser prendre la plus simple mesure d'administration, sans consulter le Congrès européen.

(( Il avait su toujours porter sa propre honte pour se montrer fort sensible maintenant à l'humiliation de sa patrie. D'ailleurs sa fausse politique lui avait fait perdre le seul appui naturel de la France, celui de la lUissie, par le traité secret qu'il avait si imprudemment signé en 1814 avec l'Angleterre et l'Autriche. Par là il s'était donné Alexandre pour ennemi personnel et avait contracté l'obligation de se jeter dans les bras de l'Angleterre, c'est-à-dire de la seule puissance dont tous les intérêts soient incompatibles aux nôtres. A dater de cette époque, je commençais à le trouver vieilli et baissé, il ne signale que par des fautes son gouvernement de l'Intérieur. Néanmoins sa faiblesse et son inhabileté passèrent tout ce que j'avais prévu. Le plan que je lui avais fait adopter à Neuilly parut entièrement effacé de son souvenir, et il ne marcha plus que de concessions en concessions faites successivement à tous les partis. Ses collègues, loin de l'avertir de ses fautes, en commettaient de leur côté

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