FAUSSE POLITIQUE DU MINISTERE
qui ne le cédaient en rien aux siennes. Aucun, d'ailleurs, n'était h son aise avec lui. Pasquier prétendit s'y mettre. Pour cela il allait le voir le matin, à l'heure où il est quelquefois seul ; je me trouvais souvent en tiers avec eux. Pasquier se vautrait dans un fauteuil, croisait ses jambes, étendait les bras, enfin mettait ses p eds sur la cheminée, et partait étonné qu'on pût être embarrassé avec M. de Talleyrand, mais sans avoir osé lui adresser un seul mot de représentation, M. de Talleyrand n'a de liberté et d'abandon qu'avec les femmes; cette contrainte qu'il éprouve avec tous les hommes, et qu'il leur communique, nuit beaucoup au succès de ce qu'il entreprend.
« Cette unité tant promise du Ministère et annoncée dans la proclamation de la ville de Cambrai, était donc fort loin d'être atteinte; les ministres étaient moins divergents qu'épars ; ils manquaient d'un centre, d'un lieu, d'une direction unique, d'une volonté qui les rassemblât. Il ne suffît pas de composer un Ministère de membres dont la couleur politique soit à peu près la même, l'unité est autre chose que l'homogénéité ; elle ne s'obtient qu'au moyen d'un chef réel, elle n'est, en un mot, que la prépondérance d'un seul.
« M. de Talleyrand n'était chef que de nom. Fouché se défiait de lui et prétendait lui disputer l'influence. Chaque ministre suivait sa ligne, gardait sa nuance, s'occupait de son département sans rien communiquer à ses collègues, sans faire entrer ses opérations dans un plan général et commun. Louis faisait consister tout l'art du gouvernement, même après une révolution telle que la nôtre, dans la science du crédit ou plutôt dans celle de l'agiotage, Fouché dans le talent de ménager tous les partis et de faire vivre ensemble