LES COLLÈGES ÉLECTORAUX
dants. Gambacérès, dont l'opinion mérite toujours d'être comptée, me prédit alors que le gouvernement ne se tirerait jamais de ces élections. Il conseillait de rappeler tout simplement la Chambre de 1814 qui, devant alors au Ministère la prolongation de son existence, eût été toute entière dans sa main. Au lieu de cela, une nouvelle ordonnance vint mettre le comble aux bévues des ministres, et assurer leur chute. Ce fut cette ordonnance à jamais célèbre qui autorisait les préfets à adjoindre vingt membres aux collèges des départements, et dix à ceux d'arrondissement, mesure funeste dont il était si aisé de prévoir les suites, et qui mit la France à deux doigts de sa ruine. Lorsque Barante m'en parla pour la première fois, je crus qu'il avait perdu l'esprit.
(( Y pensez-vous? lui dis-je. Ignorez-vous avec quelle facilité la multitude se précipite en France du côté du succès, que le jeu du gouvernement est toujours contrepesé dans le sens opposé aux partis qui triomphent? Vos préfets choisiront les adjoints inévitablement dans les partis de la Cour, la composition et l'esprit des collèges électoraux s'en trouveront altérés au point que toutes les élections seront antiministérielles, contre-révolutionnaires et que vous aurez une Chambre impossible à diriger?
« Je ne pus jamais convertir Barante, et j'y travaillai vainement une partie de la nuit. Tout rempli du souvenir. des Cent-Jours, il ne craignait que les bonapartistes et croyait qu'on n'en pouvait trop faire pour les éloigner des élections. Le lendemain j'échouais auprès de Pasquier de la même manière.
« Souvenez-vous, du moins, leur dis-je à tous daux, de mes représentations et de mes prières. Vous perdez le Ministère et peut-être la France, vous établissez