MESURES MILITAIRES
donnèrent k mon travail beaucoup d'éloges; la discussion ou plutôt une excellente et forte conversation
s'engagea.
Barante n'eut que de l'esprit. Le sujet ne fut traité et compris, si j'ose dire, que par Royer, Guizot et moi. Guizot présentait un système plus démocratique que le mien, celui de Royer était bien plus aristocratique; cependant je l'emportai, et j'eus la satisfaction de les ramener tous à mon opinion. Mon but, dans cette circonstance* comme dans toutes les autres, fut de chercher non le mieux absolu, mais le mieux relatif, c'est-à-dire possible. On ne gouverne, ni on n'administre point autrement.
« Le maréchal Gouvion était peut-être, comme je l'ai dit, le seul des ministres qui fût capable de diriger son département ; toutefois il ne se montra exempt ni de la faiblesse, ni de l'esprit de vertige qui semblaient entraîner ses collègues à leurperte. L'armée de la Loire avait envoyé sa soumission au Roi. Le Moniteur publia une vieille ordonnance datée de Lille le 23 mars, par laquelle, en quittant son royaume, le Roi avait licencié ses troupes et trois jours après, une seconde ordonnance, s'appuyant sur la première, créa une armée nouvelle et déclara que depuis le 23 mars l'ancienne armée avait cessé d'exister. Cette manière timide, subtile et tardive de procéder k un acte important, irrita les militaires et donna même k ceux qui se sentaient coupables l'audace de se plaindre. Le public vit dans cette mesure le pendant de l'élimination des Pairs; tous les partis jugèrent qu'ils avaient
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30C LE PONT D lÉNA.
affaire h un gouvernement que la peur empêchail seul de se venger. •
« Les souverains étrangers qui, cette fois, ne se piquaient ni de générosité, ni d'égard, imaginèrent de passer en revue leurs troupes sur les quais mêmes de la Seipe, devant le Louvre et les Tuileries. J'eus ma part, comme administrateur, des humiliations qui nous furent alors prodiguées.
« Les Prussiens voulaient faire sauter le magniiiquepont d'Iéna, à peine terminé, à cause du nom qu'il portait. Pendant quinze jours, ils y travaillèrentA^ainement; un ingénieur français, en moins de quelques heures, y serait parvenu, mais les ingénieurs prussiens placèrent si mal leurs mines et en dirigèrent si gauchement le jeu, que le monument résista. Je ne puis dire ce que j'éprouvais quand le bruit de l'explosion parvenait h mon oreille. Je tourmentais le» ministres pour qu'ils sauvassent mon pont, pour qu'ils en parlassent au Roi; mais, j'eus beau leur représenter l'effet terrible que produirait ce fait de vandalisme dans Paris, le tort que cela ferait au monarque qui n'avait pas le pouvoir de préserver ses sujets en pleine paix, à peine si je parvins à m'en faire écouter,
« Voyant que mes instances leurétaient importunes,, j'écrivis au Roi; je ne sais si ma lettre le frappa; ce qu'il y a de sûr, c'est que le pont ne sauta pas. En pareil cas, il ne faut que gagner du temps, ce qui est si injuste et si odieux ne se consomme que quand il se fait vite. Le quinzième jour, les Prussiens abandonnèrent l'entreprise et avec moins de douze milh^ francs je réparai le dégât.
« C'est alors que je soutins un siège en force contre eux. Un jour, en entrant à mon admioislration, le