‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 17 sur 203 · Numéro du 8 janvier · texte numérisé non relu

Numéro du 8 janvier

Malgré ces brillants patronages et le succès réel du livre, une note discordante vint troubler ce concert <le louanges. Représentant sans doute l'envie ou la haine dont parlait Fontanes, M. Suard, philosophe vollairien, <( un de ces vieillards, écrit M. Mole, au •milieu desquels mon mariage m'avait placé », publia dans son journal le Piibliciste, des articles fort dénigrants sur les Essais. Leur auteur était M"'' Pauline de Meulan, que devait épouser plus tard M. Guizot, l'implacable adversaire de M. Mole sous la monarchie <le Juillet et son plus mortel ennemi.

Si nous avons parlé des Essais de morale et de politique, ce n'est pas seulement parce qu'un ouvrage de jeunesse, <à plus de cent ans de distance, conserve encore la saveur des pensées et des sentiments purement personnels de leur auteur, ni à cause de la place qu'il lui conquit dans le monde littéraire de son ■époque. C'est aussi parce que le livre le fit connaître et apprécier de Napoléon, et fut le point de départ de sa fortune politique.

C'est cà la fin de 1805 que parurent les Essais. « Il ^tait singulier, présomptueux peut-être à un si jeune âge, écrit M. Mole', d'oser se produire aux regards <lu public en traitant des questions d'un ordre si élevé, et d'un ton si convaincu et tranchant. L'ouvrage est celui d'un jeune solitaire hardi, indépendant et dont l'accent dogmatique, mais sérieux, accuse bien plus •de conviction que d'orgueil. »

L'article de M. de Fontanes dans le yoî<r;îa/ des Débats,

i. Note conservée au château de Ghamplâtreux.

qui rendait compte des Essais, tomba sous les yeux de l'Empereur. Celui-ci voulut connaître le livre, qui lui fut adressé à son quartier général, et à son retour de Tilsitt, il accueillit avec faveur M. Mole à la première démarche qu'il fit auprès de lui.

Lorsque M. Mole fut nommé auditeur au Conseil d'Etat, cela suffît pour que l'on crût voir dans le livre favorable au pouvoir absolu une flatterie et un moyen de s'attirer la faveur de Bonaparte. Le jeune auteur avait écrit son livre en toute sincérité et sans arrière-pensée. « Porté naturellement à la contemplation des choses qui font le sujet de cet ouvrage, écrit-il *, je fus entraîné à l'écrire par le goût de mon esprit et la continuité de mes loisirs. Ce sont de simples réflexions que je publie, on y reconnaîtra, j'espère, un amour pur du vrai. J'aimerais mieux les anéantir jusqu'à la moindre trace, que d'apprendre qu'elles renferment une opinion qui puisse égarer. » — Generose puer, lui écrit Joubert en marge. « Il eût suffi cependant, écrit-il ailleurs^, de considérer la nature, nous dirons même l'ordre des pensées pour y reconnaître une àme souffrante, pure, élevée et qui avait puisé toutes ses inspirations dans le spectacle des événements et le souvenir des malheurs qui avaient entouré sa première jeunesse, »

Essais de morale et de politique, cliap. XIV, 1" partie. 2. Note conservée au château de Champlâtreux

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