‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 170 sur 203 · LABÉDOYÈRE · texte numérisé non relu

LABÉDOYÈRE

de ma famille avec celle de Labe'doyère * ; j'étais parent de cet infortuné, et son souvenir se mêlait à tous les souvenirs de mon enfance. L'arrêt de sa condamnation me pénétra de tristesse. Le Roi et le Ministère furent inflexibles, et malgré l'horreur que j'éprouve à le dire, je crois qu'ils devaient l'être. Il mourut avec un courage héroïque, et en donnant des marques du plus noble comme du plus touchant repentir; sa vie fut celle d'un sujet fidèle, d'un soldat intrépide et d'un vrai chrétien. Son frère Henry était venu quelques jours auparavant me consultf3r sur des (démarches à faire pour obtenir sa grâce ; les avis étaient, comme les sollicitations elles-mêmes, bien inutiles, mais je lui prodiguai les miens avec effusion. Les détails qu'il me donna sur la résignation, le recours à la religion, de son frère firent couler mes larmes. L'approche d'une mort inévitable avait dissipé les illusions du malheureux Charles; toutes les vérités lui apparaissaient aux portes du tombeau, il ne conservait du vieil homme que cette intrépidité qu'il avait si souvent montrée dans les combats. Je fus touché de voir Henry de Labédoyère s'adresser à moi qu'il avait perdu de vue depuis longtemps, à moi dont il avait si aigre-, ment critiqué les opinions et la conduite. Je le remerciais dans mon cœur de la justice qu'il me rendait.

« Le jugement de Ney devait avoir bien plus d'éclat, et n'était pas aussi facile. Le Ministère commit l'inconcevable faute de réunir un conseil de guerre, sans s'être assuré des sentiments de ceux qui devaient le composer, sans même examiner l'importante question de la compétence d'un tribunal de cette espèce pour juger un maréchal, auquel on ne pouvait refuser

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