‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 172 sur 203 · LE TRAITÉ DE VIENNE · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE VIENNE

attentton de ce sujet désagréable, que nous prenions de peine pour l'y ramener. Nous le laissâmes achever sa toilette en repos.

« Ce qui l'occupait le plus alors, c'était la publication des actes du Congrès de Vienne dans le Moniteur; M. de ïaileyrand est incapable d'aimer la gloire, mais il est fort sensible au succès. Sa vanité fut blessée du peu de sensation que produisit le traité de Vienne, dont il se vantait d'être un des principaux auteurs. Je n'étais pas au Congrès, et je n'ai jamais pu savoir au juste quelle part il eut, quel rôle il joua dans ces négociations si importantes, mais devait-il être si fier •des résultats? Jamais traité fut-il moins définitif et renferma-t-il plus de germes de guerre et de divisions pour ravenir.!*

« En le lisant avec attention, est-on frappé d'autre chose que de la légèreté et de l'imprévoyance de tous ceux qui le rédigèrent? l'odieux abus de la victoire en souille toutes les pages, et nul système n'y préside à la distribution du butin.

« L'Europe ne peut rester en paix que dans deux hypothèses, celle de prépondérance absolue d'une seule puissance, comme voulurent l'établir Charlemagne, Charles-Quint, Henri IV, Louis XIV et Bonaparte, et celle de l'équilibre résultant d'un partage rationnel du territoire et de la population entre tous les Etats. Les négociateurs do Vienne, sans s'élever à des considérations aussi générales, n'avaient songé qu'à faire profiter le plus possible les puissances qu'ils représentaient. On peut donc regarder ce que chacune d'elles obtint comme l'expression exacte de sa force, et de ce que les autres avaient à en redouter. Tous les petits Etats furent sacrifiés; l'Angleterre, la Russie, l'Autriche et la Prusse eurent les plus fortes et les meil-

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