L ARISTOCRATIE NOUVELLE
avoir rien de fictif, il faut qu'elle soit toute réelle, c'est-à-dire fondée non plus sur la seule naissance mais sur de grands services rendus, ou une immense fortune. Je ne dis rien du talent, lorsqu'il doit se prouver par le service. Si les quatre-vingt-quatorze Pairs eussent été choisis parmi les descendants des hommes dont la France s'honore, parmi ceux dont les vertus ou les talents ont brillé au milieu des crimes de la Révolution, enfin parmi les plus grands propriétaires, en sorte que chaque département se trouvât représenté dans la Chambre haute, on ne sait pas tout raffermissement qu'en aurait reçu la dynastie et le service qu'on aurait rendu aux Bourbons. Au lieu de cela, à l'exception de quelques noms historiques appartenant au passé et au présent, à l'exception de quelques grands propriétaires des environs de Paris, tout fut donné à la Cour ou pris dans les rangs obscurs des amis de Talleyrand.
(( Aujourd'hui, je le répète, il ne peut y avoir d'autre aristocratie qu'une aristocratie légitime, fondée en raison et en droit, celle dont la nature entière nous offre le modèle. Lorsque les lumières ont assez pénétré jusque dans les derniers rangs de la société, pour que chaque homme s'estime ce qu'il vaut et sache en quoi consiste la supériorité d'autrui, les seuls aristocrates possibles sont ceux que leurs richesses ou les services qu'ils rendent placent véritablement au-dessus de leurs semblables. Une aristocratie aussi exempte de caprice, de fiction et d'arbitraire, qui découle en un mot de l'essence des choses, doit être héréditaire par les avantages qui la constituent; les fils en héritent comme de la fortune, de la considération et du nom de leur père ; la reconnaissance de la société s'étend au delà du tombeau; les