‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 178 sur 203 · Deux lignes supprimées · texte numérisé non relu

Deux lignes supprimées

LE CONSEIL d'État. 319*

ment oubliés du public, qu'il lui sembla qu'on les exhumait, des individus enfin auxquels des ministres^ comme Pasquier et Talleyrand qui connaissaient la France, n'auraient jamais songé sans leur désir de plaire au prince et de ménager les partisans de l'ancien régime. La nation, qui sortait d'un gouvernement aux yeux duquel l'aptitude et le talent tenaient lieu de tout, d'un gouvernement qui rattachait à lui, de gré ou de force, tout ce qui pouvait ajouter à sonactivité ou à son éclat, ne put s'empêcher de concevoir plus que du dédain pour ces listes qui se succédaient de pairs, de magistrats ou d'administrateurs. Toutefois dans son dépit amer, elle ne cessa point d'être juste, elle accusa bien moins le monarque à qui tant d'affections et de préjugés devaient dérober la lumière, que les ministres expérimentés qui n'avaient pas le courage de la placer devant lui.

<( J'étais du nombre des conseillers, et mis en service ordinaire au comité le plus occupé et le plus important, celui de législation. Depuis six semaines, les journaux ne cessaient de reproduire mon nom avec quelque nomination nouvelle : d'abord directeur des Ponts et Chaussées, puis directeur des Mines, puis candidat à la députation de Seine-et-Oise dans deux arrondissements, puis pair de France, et enfin conseiller d'Etat attaché au comité de- législation. Il semblait que le ministère voulût me mettre dans toutes ses affaires en désespoir de ne pouvoir ou de n'oser me compter dans ses rangs. C'est ainsi, du moins,, que le public interpréta toutes ces nominations répétées, il me crut un crédit que je n'avais point, et je vis le moment où il m'imputerait une partie des fautes commises et celles-là même que j'avais le plus combattues et déplorées. Mais il ne tarda pas à

Page 1